L'énergie juvénile de la musique se traduit par un dépassement physique chez les interprètes.

Variations S: des pointes aux espadrilles

Cas public aime revisiter les grandes oeuvres du répertoire. Avec Variations S, qui sillonne le monde depuis bientôt cinq ans, la compagnie donne un nouveau souffle et une énergie contemporaine affirmée au Sacre du printemps, la légendaire création des Ballets russes.
Hélène Blackburn a décidé de rendre hommage à la troupe de Serge de Diaghilev alors que Cas public célébrait ses 20 ans, en 2009. En deux courtes décennies, de 1909 à 1929, les Ballets russes ont bousculé les conventions de la danse et leurs spectacles audacieux et grandioses alimentent l'imaginaire des créateurs encore aujourd'hui.
La chorégraphe montréalaise ne fait pas exception. «Un peu comme nous au moment de fonder Cas public, les Ballets russes ont créé à l'aube d'un nouveau siècle, dans la promesse d'une nouvelle ère», explique-t-elle.
Et en arts, nous sommes justement à l'ère de l'hybridation et de la relecture.
Les phrases répétitives, les boucles, les déclinaisons du Sacre du printemps d'Igor Stravinsky, l'une des musiques les plus chorégraphiées au monde, prennent une saveur actuelle entre les mains du concepteur Martin Thériault, qui a mixé la partition symphonique avec des percussions et du scratching en direct.
Pour élaborer la chorégraphie, Hélène Blackburn a choisi de réintégrer la technique classique, allant jusqu'à utiliser des pointes, en la mélangeant avec la danse contemporaine et la danse hip-hop. «Utiliser les techniques classiques comme base de travail, à notre époque, devient presque révolutionnaire», souligne-t-elle. Les danseurs passent des pointes aux espadrilles, du classique au hip-hop.
L'énergie juvénile de la musique se traduit par un dépassement physique chez les interprètes. «On part du point zéro et chaque section chorégraphique sert à passer à un plateau supérieur d'énergie. Même quand on croit que ce n'est plus possible, les danseurs recommencent, les tableaux deviennent de plus en plus longs, jusqu'à atteindre un paroxysme», décrit la chorégraphe, qui a jonglé avec l'idée de l'éternel recommencement, du renouveau, mais aussi du sacrifice physique.
Dans l'oeuvre originale, la plus belle jeune fille du village est sacrifiée pour la prospérité des récoltes. Cas public a transposé ce rite païen aujourd'hui, «dans quelque chose de plus près des raves, des soirées de danse extrêmes, qui sont un peu devenus nos rites transcendants», explique Mme Blackburn. «On essaie d'être dans l'extraordinaire de la représentation, dans un moment hors normes.»
Relectures tout public
Les créations de Cas public s'adressent autant à un public adolescent qu'à un public adulte.
Brut, voire cru, Variations S intègre des connotations sexuelles très claires, pour illustrer les pulsions de l'adolescence. «Les jeunes y réagissent comme des adultes, c'est très intéressant. Ils embarquent complètement dans le voyage.»
La compagnie vient de terminer une relecture de la pièce de théâtre Roméo et Juliette, baptisée Symphonie dramatique, comme l'adaptation musicale qu'en a faite Berlioz. Le spectacle sera d'ailleurs présenté en avril à Québec. Une adaptation libre du Petit Chaperon rouge pour les deux ans et plus, nommée Suites curieuses, est aussi en développement. Des pourparlers sont déjà amorcés avec Les Gros Becs pour la présenter à Québec pendant la saison 2015-2016.
Ces histoires universelles donnent un point d'ancrage à la danse, tout en permettant à la compagnie québécoise de tourner de Québec à Madrid, en passant par Séoul et Paris.
Vous voulez y aller?
Quoi: Variations S
Qui: Cas public
Quand: le 10 juillet à 20h
Où: Domaine Forget
Billet: 30 $/adulte, gratuit pour les 15 ans et moins
Info: 1 888 336-7438