Bien que le film présente un ramassis de croyances mystiques plus ou moins assumées qui frôlent le ridicule, le naturel de Gérard Depardieu et d'Isabelle Huppert est fantastique.

Valley of Love: croire ou pas  **

Si Valley of Love s'est retrouvé en compétition, à la dernière minute, au Festival de Cannes, ce n'est pas parce qu'il démontre de grandes qualités cinématographiques. Mais bien parce qu'il avait le mérite de réunir deux monstres sacrés du cinéma mondial : Isabelle Huppert et Gérard Depardieu. Pour le reste, Guillaume Nicloux nous demande un acte de foi. On y croit. Ou pas. Je n'y ai pas cru.
Trente-cinq ans après Loulou de Maurice Pialat, le film mystique de Nicloux (L'enlèvement de Michel Houellebecq) met en scène les deux acteurs légendaires à la personnalité - et au jeu - diamétralement opposée.
Ils interprètent deux acteurs célèbres - Isabelle et Gérard - qui ont reçu une lettre de leur fils décédé les enjoignant de se retrouver dans la Vallée de la mort (en Californie) où il leur apparaîtra. Les parents séparés sont rongés par le remords de ne pas avoir su aimer cet enfant qui s'est suicidé.
Isabelle est convaincue que leur fils reviendra d'entre les morts pour leur apparaître - elle en porte même les stigmates. Gérard croit que c'est de la foutaise, mais il reste quand même dans cette fournaise où il règne une chaleur infernale - donc propice aux hallucinations. La vallée est un personnage en soi, d'ailleurs, un miroir dans lequel Isabelle et Gérard voient miroiter leurs angoisses.
Alors, ils attendent. Comme Vladimir et Estragon attendent Godot. Ou les apôtres Jésus, au choix. Car, vous aurez compris, le récit mélange fantastique onirique (à la David Lynch) et mysticisme «gênant», pour reprendre l'expression de Depardieu à Cannes.
Si vous voulez tout savoir, je suis comme Gérard. Je n'ai pas cru une seconde à ce ramassis de croyances mystiques plus ou moins assumées qui frôlent le ridicule. Le naturel des acteurs, par contre, est fantastique, sans jeu de mots.
Ce qui aide un film qui joue, quand même habilement il faut le dire, sur la frontière entre la réalité et la fiction. Huppert et Depardieu interprètent, jusqu'à une certaine limite, leur propre rôle. La différence est frappante entre la retenue et la sensibilité de la première et le jeu extraverti du second, qui exhibe sa montagne de chair sans aucune pudeur (comme souvent depuis plusieurs années, Depardieu joue à être Depardieu. On aime. Ou pas).
Bien entendu, les voir ainsi provoque une émotion particulière chez le spectateur. Qui remarque d'autant, dès lors, que le film en génère très peu, d'émotion.
Un rendez-vous manqué.
=> Au générique
Cote: **
Titre: Valley of Love
Genre: drame psychologique
Réalisateur: Guillaume Nicloux
Acteurs: Gérard Depardieu et Isabelle Huppert
Classement: général
Durée: 1h32
On aime: la réunion Huppert-Depardieu, le jeu sur la réalité et la fiction
On n'aime pas: le mysticisme religieux, le manque d'émotion, le mince scénario