Avec une gestuelle particulièrement gracieuse, la harpiste Valérie Milot a captivé son auditoire, hier, à l'église de Sainte-Pétronille.

Valérie Milot: fenêtre sur le paradis

Il n'y a qu'à la regarder jouer pendant quelques instants pour comprendre les raisons qui ont poussé le jury du Prix d'Europe à accorder la récompense à la harpiste Valérie Milot, l'an dernier. Sa manière de toucher l'instrument dans une attitude grave et intense vous met, que vous le vouliez ou non, dans l'obligation de l'écouter attentivement.
On aura deviné que la jeune invitée de Musique de chambre à Sainte-Pétronille a réussi à captiver son auditoire, jeudi soir. Avec le programme entièrement constitué d'oeuvres du XXe siècle qu'elle avait préparé, la partie était pourtant loin d'être gagnée d'avance.
En guise d'entrée en matière, les auditeurs ont eu droit à une exécution dynamique, solide et bien contrastée de la Sonate de Hindemith. L'assurance de l'interprète, sa maîtrise technique et son calme ont certainement beaucoup facilité la réception de l'oeuvre.
Suivait une oeuvre de la grande virtuose française Henriette Renié mettant en évidence ce que j'appellerais les qualités toutes célestes de la harpe. Le genre de musique remplie de glissandi écrite, semble-t-il, dans le seul but d'ouvrir une fenêtre sur le paradis. Comme son titre l'indique, cette pièce en trois mouvements attachés les uns aux autres permet d'exploiter toute l'étendue du registre en variant les effets et les couleurs d'une manière effectivement très symphonique.
Usant d'une gestuelle particulièrement gracieuse - on aurait dit une chorégraphie - Valérie Milot a ensuite offert la Berceuse composée pas sa collègue et ex-professeure Caroline Lizotte. Une relation très physique s'est développée entre l'instrumentiste et sa harpe. On aurait dit une sorte de dialogue. À mon avis, cette oeuvre étonnante, parsemée d'harmoniques et de sons graves fantomatiques, s'est révélée la plus intéressante et la plus recherchée du programme.
Compte tenu de la renommée de son compositeur, je m'attendais à plus de Scintillation, du harpiste français d'origine basque Carlos Salzedo. L'oeuvre s'est finalement révélée aussi énigmatique que le sourire de Valérie Milot lorsque celle-ci a salué le public à l'issue de sa prestation.
La deuxième partie de ce concert réservé à la relève musicale faisait place au Trio Lajoie. La formation a ouvert avec un Mozart généralement affirmé, bien rythmé, ample et brillant. L'exécution du premier mouvement est apparue vivante, nette, comme en pleine lumière. Après un élégant Adagio, les trois jeunes filles ont conclu avec Rondo qui, à mon avis, manquait un peu d'assurance. L'heure tardive m'a malheureusement empêché d'entendre le Mendelssohn qui figurait également au programme.
MUSIQUE DE CHAMBRE À SAINTE-PÉTRONILLE. Invités : Valérie Milot, harpiste, et le Trio Lajoie (Ariane Lajoie, violoniste, Chloé Dominguez, violoncelliste et Akiko Tominaga, pianiste). Hindemith  : Sonate pour harpe. Renié  : Pièce symphonique en trois épisodes. Lizotte : La Madone — Berceuse pour harpe solo. Salzedo : Scintillation. Mozart : Divertimento en si bémol majeur, K.254. Mendelssohn : Trio en do mineur op.66. Jeudi soir à l'église de Sainte-Pétronille.