La chanteuse Ute Lemper a offert un voyage musical aux spectateurs, hier, voguant de Piaf à Piazzolla au Grand Théâtre de Québec.

Ute Lemper: totalement femme

Rendez-vous aussi bouleversant qu'inattendu, hier au Club musical de Québec, avec la chanteuse Ute Lemper. Deux heures à suivre une femme comme il ne s'en fait plus à la découverte d'un répertoire d'une profondeur qu'on ne rencontre plus.
Chanter du Piaf ou du Kurt Weill, c'est une chose. En faire partager le génie et l'intelligence, en faire apprécier l'essence et la réalité historico-politique dans une orchestration tout ce qu'il y a de plus actuelle, comme l'ont fait Ute Lemper, le quatuor à cordes Vogler et le pianiste Stefan Melzew à la salle Louis-Fréchette, est une tout autre aventure. Un grand voyage à vrai dire.
La demi-mesure n'a pas sa place avec cette chanteuse. Sa manière d'éloigner et de rapprocher le micro, et cette façon de grimacer en changeant quatre fois la couleur de sa voix sur le mot «Pigaaaaaaaalle!» pouvait sembler excessif. C'était au début du concert dans les trois chansons de Piaf. En avançant d'une pièce à l'autre, en passant d'une langue à l'autre, d'un univers à l'autre, on comprenait qu'il s'agissait seulement d'une tonalité dramatique particulière dans un vaste éventail d'ambiances toutes différentes les unes des autres.
Chansons de guerre, chansons d'amour, portées par un magnétisme qui enflamme la scène. On ne saurait imaginer une féminité plus affirmée ni plus abandonnée. L'univers de Weill et Brecht, noir, dense, lourd. Celui d'Eisler, si beau et si dématérialisé. Et puis les tangos de Piazzolla qui font glisser la salle dans une touffeur nocturne troublante.
Et quel accompagnement! Le quatuor à cordes Vogler, c'est la crème. Son parfaitement homogène, articulation souple et soudée, comme on a pu le constater dans les oeuvres d'Erwin Schulhoff présentées au début de chacune des deux parties. Ça flotte très haut au-dessus de la technique. Ce n'est plus un quatuor, c'est un être vivant, une bête, unique, totalement musicale.
Le pianiste Stefan Melzew peut apparemment tout faire. Passer de l'accordéon à la clarinette, ce n'est rien pour lui. S'il le veut, il réussit à vous faire croire que le quatuor joue dans la maison voisine, ou alors transformer son piano en psaltérion. Il signe ici les arrangements les plus insensés et les plus incroyables que j'ai jamais entendus.
CLUB MUSICAL DE QUÉBEC. Ute Lemper, chanteuse, le quatuor à cordes Vogler et Stefan Melzew, pianiste, clarinettiste, accordéoniste et arrangeur. Hier soir à la salle Louis-Fréchette du Grand Théâtre.