Détail de Saint-Benoît de François Desharnais, sur laquelle l'artiste a cousu un bout de tissu pour souligner la censure qu'on lui a imposée.
Détail de Saint-Benoît de François Desharnais, sur laquelle l'artiste a cousu un bout de tissu pour souligner la censure qu'on lui a imposée.

Une toile d'un peintre de Québec censurée à Montréal

Josianne Desloges
Collaboration spéciale
Quelques mois après avoir été exposée au Grand Théâtre de Québec, une toile de François Desharnais suscite le malaise au Centre d'exposition La Prison-des-Patriotes, à Montréal. Lorsqu'on lui a demandé de retirer cette pièce maîtresse de l'exposition, parce qu'on y voyait une femme nue tenue par deux soldats, l'artiste a plutôt décidé de souligner la censure à grands traits en cousant un bout de tissu sur la toile.
<em>Saint-Benoît </em>de François Desharnais, une toile qui témoigne de  l'incendie et du pillage de ce village en 1837
«Notre mission n'est pas de choquer, mais de partager des connaissances, et nous avons beaucoup de groupes scolaires», explique Ginette Thibault, adjointe de la directrice du Centre d'interprétation historique.
«J'ai enseigné au primaire et au secondaire, il suffit de bien expliquer aux enfants. Ils rient pendant deux minutes, puis on peut aller plus loin», réplique M. Desharnais, qui s'est appuyé sur une phrase de l'historien Laurent Olivier-David («Après avoir pillé tout ce qui se trouvait dans la maison et les bâtiments d'une ferme, et s'être emparés de tous les animaux, les barbares faisaient déshabiller les hommes, les femmes et les enfants, que l'on laissait presque nus à la porte de leur maison embrasée») pour peindre le tableau.
La toile fait partie d'une série qui souligne le 175e anniversaire des patriotes en faisant revivre des scènes des troubles de 1837-1838 et qui doit être exposée jusqu'en mai 2013. Une image et une explication de la toile avaient pourtant été soumises il y a plus d'un an et avaient été approuvées par le centre.
Le fameux bout de tissu qui cachait la femme nue a été décousu plusieurs fois depuis l'accrochage, au début mai. M. Desharnais, qui demeure à Québec, a dû se rendre à deux reprises à Montréal pour le recoudre. Si bien que, le voyant faire lors de la Journée des musées montréalais, plusieurs visiteurs se sont mis à poser des questions et à s'indigner.
«La directrice du Centre m'a pris à part et m'a demandé de me taire, et de ne surtout pas parler de censure. Elle parlait de retirer la toile complètement», raconte l'artiste.
Mme Thibault assure plutôt que les commentaires des visiteurs les ont fait changer d'avis. Il a été convenu que les guides soient mieux formés, le bout de tissu a été retiré par le personnel du Centre et tout est réglé avec l'artiste.
«Un mensonge aberrant», s'indigne celui-ci, qui croit que le Centre veut sauver les apparences.
<em>Les bâtisseuses</em>,  de Martine Birobent, a été exclue d'une exposition.
Autre cas dans un Cégep
Étrange hasard, il y a quelques semaines, une autre oeuvre montrant une femme nue a été exclue d'une exposition intitulée Du féminisme dans l'art des femmes, au Cégep de Victoriaville. Les bâtisseuses, de Martine Birobent, a été jugée «choquante» par deux intervenantes du Cégep, explique le directeur adjoint des études par intérim Denis Deschamps, qui a entériné leur décision de ne pas l'accrocher.
«Nous avons exercé notre droit de regard, qui est clairement stipulé dans le contrat», ajoute-t-il. Toujours selon M. Deschamps, ce droit de regard a été exercé il y a cinq ans, lorsque des oeuvres montrant des tombes devaient être exposées peu de temps après un suicide.
L'exclusion de sa toile a étonné et choqué l'artiste: «J'ai fait plus corsé. Une de mes toiles qui est restée dans l'exposition illustre une certaine vision de l'hermaphrodisme. On voit un pénis sortir d'une épaule et une main le saisir!»
La toile exclue, qui devait être accrochée au plafond, montre une femme «divinisée, qui ne correspond pas aux standards de beauté et qui est entourée de tous ses enfants et de sa communauté».