Danielle Proulx incarne Henriette Boulier dans Unité 9. On l'aperçoit sur la photo en compagnie de la méchante Bouba, à gauche (Ayisha Issa).

Une sorcière dans l'unité 9

Elle a eu tout un choc en se voyant mardi soir dernier dans Unité 9, mais jamais autant que ceux qui ont grandi avec Cornemuse. Entrée fracassante de Danielle Proulx dans le rôle d'Henriette, une itinérante antisociale, violente, sale et puante, qui crache au visage des IPL, hurle et descend tous les saints du ciel. Une sorcière qu'on va aimer haïr.
«Ça fait du bien, quand je sors de là et que je me démaquille, je me trouve pas si pire!» a blagué la comédienne en se confiant au Soleil, à quelques jours du dernier épisode de la saison, mardi prochain.
On n'avait jamais entendu Danielle Proulx sacrer autant, elle qui a souvent joué les mères aimantes, compréhensives et rassurantes. «Dans Aveux, j'incarnais un personnage plus dur, plus secret, plus raide. Mais pour Henriette, ça me sort complètement de ce que je suis habituée de jouer, et ça me fait découvrir des aspects de moi-même que je ne connaissais pas.»
Qu'a donc fait Henriette de si grave pour aboutir à Lietteville? L'auteure Danielle Trottier n'a pas l'habitude de dévoiler aussi vite les crimes de ses détenues. Ce qu'on sait, c'est qu'Henriette vit dans la rue depuis une quinzaine d'années. «C'est une petite bête traquée. Elle n'a aucun vernis, elle est incapable de vivre en société. Mais elle peut aussi bien avoir obtenu un bac à l'université, avant que tout bascule dans sa vie.»
Danielle Proulx, qui a 61 ans comme son personnage, n'a pas réfléchi longtemps avant de se montrer aussi répugnante à l'écran. «Plusieurs personnes m'ont dit qu'elles me trouvaient courageuse, mais c'est un personnage, à qui j'ai envie de prêter mon coeur, mon corps, mon âme. C'est une femme maganée, elle ne peut pas avoir les dents blanches, elle ne peut pas être cute. Si je commençais ma carrière et qu'on me découvrait, j'aurais peut-être eu peur que les gens ne puissent plus me voir autrement. Mais j'ai le privilège d'être là depuis longtemps.»
Après le tournage d'Aveux en 2008, la comédienne a dû attendre six ans pour obtenir un nouveau rôle régulier à la télévision. Elle y a d'ailleurs retrouvé sa nièce, Catherine Proulx-Lemay, qu'elle admire dans le rôle de Michèle.
«J'étais une fan finie d'Unité 9. Le matin où tu reçois un appel comme celui-là, tu te trouves très chanceuse. Il y a une telle passion sur ce plateau, tout le monde est heureux d'être là. C'est vraiment l'envers de tout ce qu'on peut entendre comme cliché sur les femmes qui se bitchent quand elles sont ensemble, il n'y a rien de ça.»
Le tournage, qui s'est déroulé en décembre, allait tout de même être sportif. «Nous avons reçu les conseils d'un cascadeur pour certaines scènes. Heureusement, je sortais d'une saison de théâtre d'été assez physique et j'étais en forme. Henriette porte un attirail très lourd: trois paires de pantalons une par-dessus l'autre, trois ou quatre chandails, une veste, un manteau, une tuque, une casquette. Tout ce qu'elle possède, elle le porte.»
Monde de l'itinérance
Avant de camper le personnage, l'actrice n'a pas pu se familiariser très longtemps avec le monde de l'itinérance. «Ces gens-là sont souvent fermés, tu peux difficilement t'en approcher. Pour les femmes itinérantes, chaque jour, leur vie est en danger, c'est la jungle, elles risquent de se faire violer. C'est souvent pour ça qu'elles veulent être repoussantes, pour que personne ne les touche.»
Danielle Proulx aime jouer dans une fiction où les femmes ne sont pas montrées sous leur meilleur jour. «C'est éclairé au néon, c'est cru. C'est pas nécessaire qu'on soit toujours pitounes. J'aime les portes que ça ouvre aux femmes, ça les sort du cadre qu'on leur impose.»
Comme le personnage d'Henriette sera très présent au cours de la prochaine saison, Danielle Proulx a dû renoncer à retourner sur les planches du théâtre Beaumont-Saint-Michel, où elle jouait depuis neuf étés.
<p>Marie (Guylaine Tremblay) a choisi de ne plus se laisser intimider par les filles de l'unité 7. </p>
Deux finales à surveiller
Accrochez-vous pour la finale d'Unité 9 mardi à 20h sur ICI Radio-Canada Télé, un épisode explosif qui ne laisse pas beaucoup de répit, croyez-en ma parole. On a vu que Marie a choisi de ne plus se laisser intimider par les filles de l'unité 7, qu'Élise et Shandy préparent un gros coup à la banque et que l'IPL Nancy exerce une emprise malsaine sur Jessica. Il y a aussi Suzanne, qui s'apprête à assister au mariage d'un de ses fils, et Jeanne, qui semble vivre le grand amour avec l'IPL Mélissa.
Sachez que chacune de ces histoires connaîtra une issue inattendue, spectaculaire dans plusieurs cas. Et je pèse mes mots.
À propos de Mémoires vives, qui se termine le même soir à 21h, une lectrice, Mme Michèle B. Tremblay, m'a exposé sa théorie voulant que Laurie puisse être la femme qui a trouvé la photo sous le matelas, et qui prend soin du patient de Claire Hamelin.
«Il l'a enlevée, enfermée pendant des années jusqu'à tuer en elle toute idée de son identité. Il l'a graduellement laissée prendre un peu de liberté. Elle a développé le syndrome de Stockholm et prend soin de cet homme tout en ayant l'air la moitié du temps égarée, aliénée et effrayée par lui», élabore Mme Tremblay dans son message.
Je ne suis pas dans le secret des dieux, mais cette théorie ne m'apparaît pas bête du tout...