Le gouvernement russe a investi 50 milliards $ pour présenter les Jeux olympiques à Sotchi. La ville se fait belle afin d'accueillir les Jeux et est illuminée à l'instar de la vasque du stade Fisht où brûlera la flamme olympique.

Une Russie de couleur différente

Sur le meuble de la télévision familiale, la figurine d'un gardien de but figé sur un socle en bois a longtemps eu droit à une place de choix entre différents bibelots. Impossible de lire les autographes qui y étaient inscrites en alphabet cyrillique, mais quatre lettres et quelques chiffres ne laissaient pas de doute sur son origine. Le 20 pour Tretiak, le 17 de Kharlamov, le 15 à Yakushev, le 13 et le K du capitaine Mikhailov.
Ils étaient les héros de la puissante machine de hockey de l'Union des républiques soviétiques socialistes (URSS), traduite par CCCP sur leur chandail. Pour un jeune de 10 ans, amateur de hockey, ce cadeau valait de l'or. Il m'avait été offert par mon père à l'occasion de son voyage à Moscou afin d'assister à la deuxième version de la Série du siècle, celle de 1974 opposant l'Armée rouge aux étoiles de la défunte Association mondiale de hockey.
Quarante ans après le périple du paternel, me voici à mon tour en Russie afin d'y couvrir les Jeux olympiques, les 10es à mon compteur. Une Russie qui semble plus colorée que celle des photos grises insérées dans l'album fleuri de l'époque.
Le pays en a mis de toutes les couleurs pour accueillir la visite venue d'ailleurs, à commencer par l'uniforme des bénévoles et le sac à dos offert en cadeau, tradition oblige. La ville olympique se fait belle en apparence, bien que l'envers de la médaille ne soit pas aussi reluisant. Mercredi encore, et fort possiblement jusqu'à la dernière seconde avant le début de la cérémonie d'ouverture, demain, des travailleurs étaient toujours à pied d'oeuvre, tantôt pour planter un buisson ou monter un meuble de style IKEA au complexe hôtelier où loge Le Soleil, tantôt au parc olympique pour enfouir des fils électriques dans le sol.
Entre palmiers et montagnes
Ce n'est pas seulement un rendez-vous sportif qui se tient à Sotchi. Il s'agit de la rampe de lancement du développement d'une région d'abord prisée par les élites du pouvoir que l'on veut ensuite vendre comme destination de vacances. Pour cela, le gouvernement de Vladimir Poutine s'est servi du prétexte des Jeux pour investir 50 milliards $ afin de donner un nouveau visage à cette station balnéaire ayant abrité la datcha de Josef Staline. L'histoire raconte qu'elle était sa préférée parmi sa collection de 18 résidences... mais elle ne dit pas ce qu'il penserait de son nouveau «look».
De loin, il est difficile de s'imaginer que l'on tiendra des Jeux d'hiver dans la région la plus tropicale de ce grand pays aussi reconnu pour sa frigorifique Sibérie. Les pics blancs du Caucase sont plus révélateurs de l'événement qui se prépare que les palmiers de la ville. Pour la neige, pas de problème là-haut, semble-t-il. Les autorités n'ont pas pris de chance et entreposent l'essentielle poudre blanche depuis longtemps en plus de posséder le plus puissant canon de neige artificielle au monde.
Le parc olympique d'Adler, en banlieue de Sotchi, est illuminé par les anneaux olympiques dans de beaux stades construits pour le hockey, le patinage artistique, le patinage de vitesse, le curling et les différentes cérémonies. En plus des Jeux, Sotchi sera le théâtre d'un Grand Prix annuel de Formule 1 dès l'été prochain et de la Coupe du monde de soccer en 2018. Les hôtels à la finition rapide et simpliste - que nous inaugurons - serviront pour attirer les touristes, s'ils veulent bien se tremper le bout du pied dans la mer Noire qui s'étend à moins de 500 mètres de notre hôtel.
Jusqu'à présent, l'imposante sécurité ne pèse pas trop lourd sur notre quotidien. L'ex-URSS était secrète et cultivait le mythe de l'espionnage, la Russie de Sotchi est bien différente. Son rideau de fer n'a plus l'étanchéité d'il y a 40 ans, on a juste à coller notre oreille sur le mur de notre chambre pour s'en rendre compte!
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Vu et... bu
Décidément, il est incontournable. Déjà présent à la une des quotidiens de chez nous, dans les bulletins de nouvelles télévisées et un peu partout, même un déplacement vers la Russie ne se fait pas sans lui. Sur le deuxième de quatre vols menant en Russie, un siège défoncé et un système électronique défectueux a valu à l'auteur de ces lignes une légère compensation, soit une petite bouteille de vin du Pays d'Oc Réserve de... La Baume! La quantité servie ne disait pas s'il s'agissait d'un grand cru ou d'une pastille aromatique et doux... Qu'à cela ne tienne, «za zdorov'ye», Monsieur le maire! À vous aussi, lecteurs!