Une policière de Lévis met fin à ses jours avec son arme de service

Le suicide d'une policière de Lévis, mardi, avec son arme de service, laisse ses collègues dans l'incompréhension la plus totale. De l'avis général, aucun signe ne laissait présager cette mort tragique.
<p>Le président de la Fraternité des policiers de Lévis, Marc Allard, connaissait la policière depuis le début de leur carrière respective. Selon lui, les autres policiers du service ne se doutaient pas que la policière avait des idées noires.</p>
La policière, qui compte une vingtaine d'années d'expérience, n'était pas en service au moment de commettre l'irréparable. Selon les renseignements recueillis, son corps a été retrouvé vers 17h à Donnacona dans Portneuf. La Sûreté du Québec mène une enquête sur ce décès, qui s'apparente à un suicide, confirme-t-elle.
Le président de la Fraternité des policiers de Lévis connaissait la policière depuis le début de leur carrière respective. «À l'époque, on était ensemble à la police de Chaudière-Etchemins, se souvient Marc Allard. C'était une fille professionnelle et aimée de tous. Elle était aussi intense. Tout ce qu'elle entreprenait, elle le faisait à fond», explique-t-il, visiblement perturbé par la perte d'une collègue et amie.
«On vient de se faire assommer. On ne l'a pas venu venir, poursuit M. Allard. Parfois, tu peux dire que tu t'en doutais, que ça allait mal. Mais là, il n'y avait aucun indice qui aurait pu me faire croire que ça arrive», poursuit le policier.
Un tel drame le questionne sur les impacts psychologiques du métier et ses obligations. «On se pense invincible. On a l'air ben fort. On a une image et on veut montrer notre force. Mais en dedans, ce n'est pas tout le temps le cas.»
Un autre policier à qui Le Soleil a parlé garde le même souvenir de sa collègue. «Je l'ai vue récemment et elle était souriante. Je la connaissais comme une personne sportive et toujours de bonne humeur.»
Le directeur du service de police, Yves Charette, ne s'attendait pas à une si triste nouvelle. «C'est toujours la même chose dans ces circonstances : l'incompréhension. Je l'ai rencontrée la semaine dernière. Elle me parlait de ses dossiers et elle était emballée. Elle en parlait avec passion. Nos pensées se tournent vers la famille et les collègues.»
Ruban de deuil
Sur Facebook, plusieurs de ses amis ont témoigné leurs sympathies en changeant leur photo de profil pour une autre montrant un ruban de deuil aux couleurs de la police de Lévis. Des policiers portaient aussi un ruban de deuil sur leur uniforme, mercredi.
En août 2009, le service de police de la Rive-Sud avait vécu un événement similaire lorsqu'un de ses membres avait tenté de mettre fin à ses jours avec son arme de service à l'intérieur d'un poste de police. L'homme, qui ne travaille plus pour le service de police, avait été mis au repos quelque temps avant sa tentative.
Plus récemment, le 27 juin, un policier de 25 ans de la MRC des Collines-de-l'Outaouais s'est enlevé la vie à l'intérieur du poste de police du chemin Edelweiss, près du village de Wakefield. Il avait été embauché un mois auparavant.
La Vigile soutient les collègues
Le service de police a fait appel à la Vigile, un organisme d'aide aux policiers en détresse, pour assurer un soutien psychologique auprès des collègues de la policière qui s'est enlevé la vie.
«Quand ça arrive, y'a toujours un impact dans les milieux de travail. Les policiers veulent vivre ça seuls. C'est difficile d'aller les chercher, explique le directeur général de l'organisme et policier à la retraite, Jacques-Denis Simard. La présence d'un psychologue dans les postes de l'Est et de l'Ouest permet à ceux qui ressentent le besoin de parler de trouver une oreille attentive.
«Notre rôle est d'assurer une présence. De dire: "On sait ce qui s'est passé. On sait que c'est difficile. Si vous avez besoin d'aide et en parler, nous sommes là". Maintenant, on attend les demandes spécifiques. C'est du cas par cas», précise-t-il.
Même si on ne connaît pas les causes qui ont mené au suicide de la dame, M. Simard reconnaît que le métier de policier peut parfois user. «Les policiers sont formés pour affronter des situations difficiles dans leur travail. Parfois, il s'ajoute des événements inattendus sur le plan personnel comme un divorce ou la perte d'un enfant ou même sur le plan professionnel comme du harcèlement ou une promotion ratée. Dans ces conditions, ça peut mener à des idées suicidaires.»
Depuis le début de l'année, la Vigile compte le suicide de sept personnes au Québec liées aux métiers de policier, d'agent de la paix et d'agent correctionnel. En 2004, l'organisme en avait recensé 12, un triste record depuis l'ouverture du centre d'aide.