La photo de Robert Charlebois sur la pochette de l'album Charlebois, 50 ans en 50 chansons provient du fonds d'archives de Ronald Labelle.

Une image vaut mille notes

Comment pense-t-on les pochettes d'album à l'ère du mp3? Au Québec, chaque conception est affaire d'inventivité et de collaboration entre un artiste visuel - peintre, graphiste, photographe - et l'auteur-compositeur-interprète. Suzie Larivée et Mathieu Houde, directeurs artistiques respectivement chez La Tribu et Audiogram, nous dévoilent comment ils arrivent à associer la bonne image à chaque proposition musicale.
Q Quels éléments considérez-vous d'abord pour élaborer une pochette?
R Suzie Larivée : La personnalité de l'artiste, mais également l'univers de l'album. Il faut qu'on puisse identifier le concepteur du disque clairement et que ça frappe l'imaginaire.
Mathieu Houde : Ce qui va aussi aider et qu'on n'a pas toujours au moment d'enclencher le processus, c'est un titre. Mais dans le cas de Sous les arbres de Salomé Leclerc, par exemple, le titre a été choisi après un repérage photo fait sur les îles de Boucherville par le photographe Pascal Grandmaison.
Q Pouvez-vous dire que votre label a une signature graphique, ou est-ce plutôt à chaque artiste de développer son univers visuel?
R SL : À La Tribu, on est partisans de la couleur, de la texture, d'un certain travail manuel, dessin, illustration, collage, et si c'est une photo, il va y avoir une signature artistique, ça va se rapprocher du documentaire ou du portrait contemporain.
MH :Un disque, c'est avant tout le projet d'un artiste, qui devra vivre avec pendant des années. Il faut qu'il y ait une certaine cohérence d'une pochette à l'autre. Moi, j'en fais 15 ou 20 par année, mais eux, c'est une aux deux ans environ. Chaque artiste construit son image de marque.
Q Dans quels cas choisissez-vous de montrer l'image de l'artiste, et dans quels cas optez-vous pour une proposition plus plastique?
R SL : «Pour un premier album, on choisit souvent de mettre une photo de l'artiste, parce que c'est un nouveau visage, mais ça peut aussi être vrai pour des albums plus personnels ou des approches documentaires. Pour Charlebois, 50 ans en 50 chansons, on a pu puiser dans le fonds d'archives de Ronald Labelle, un trésor d'images jamais publiées, dont certaines laissées de côté dans des shootings des années 60.
MH :Étrangement, des personnes parfois très avantagées par la nature, comme Salomé Leclerc ou Philémon, ne sont pas toujours à l'aise de se montrer sur leurs pochettes. On doit s'adapter aux personnalités. Dans le cas de Coeur de pirate chez Grosse Boîte, le matraquage publicitaire, toujours avec le même profil, a très très bien fonctionné.
Q Depuis plusieurs années, la musique se consomme sur Internet et souvent une pièce à la fois. Paradoxalement, plusieurs créateurs sortent des disques vinyle, qui ne demandent qu'à être exposés. Comment composez-vous avec cette double réalité?
R SL :«On aime encore avoir la pochette entre les mains, lire les textes, voir les photos, alors c'est important de soigner cet aspect-là des choses. Avec un projet comme celui de Rolline Laporte pour les minialbums de Dumas, on tombe presque de l'objet d'art, et on suit l'idée de la collection. Lorsqu'on avait les quatre pochettes, on pouvait reconstituer une image complète.»
MH : «Avec Internet, on se trouve en compétition immédiate avec ce que les gros labels internationaux produisent. Et comme il n'y a qu'une seule image qui accompagne les chansons d'un album [virtuel], celle-ci, la couverture, est encore plus importante qu'avant. Et artistiquement, on veut créer du beau pour les oreilles, mais pour les yeux aussi.»