Le son occupe un espace prépondérant dans les oeuvres minimalistes de Charles Stan­kievech.

Une harmonie de résonances

Pour la première fois à Québec, la Galerie des arts visuels de l'Université Laval donne un aperçu de la recherche multidisciplinaire de Charles Stan­kievech. Cet enseignant au Klondike Institute of Art and Culture à Dawson City (Yukon) s'inspire de compositeurs tels Giacinto Scelsi et Alvin Lucier afin de créer des oeuvres minimalistes où le son occupe un espace prépondérant.
Une démarche à la fois conceptuelle et théorique accompagne la pratique sculpturale, sonore et vidéographique de ce créateur qui a retenu l'attention lors de la 10e Biennale d'architecture de Venise, en 2006. L'exposition Plus qu'une surface, less than a volume regroupe ainsi des objets qui «rappellent cette tension entre le matériel et l'immatériel, entre ce qui est là et ce qui est caché dans notre monde contemporain». Il est peut-être bon de savoir que Stankievech a d'abord fait des études en philosophie, avant d'entreprendre une maîtrise en arts plastiques à l'Université Concordia.
En salle, on aperçoit d'abord une projection qui donne quel­ques indices sur la nature du travail de cet artiste, qui s'implique également dans d'autres domaines, comme le cinéma et l'architecture. Au mur, un écran dévoile l'image d'une main qui joue continuellement la même note au piano. Cet extrait d'une performance de 11 heures de Stankievech dans un hôpital psychiatrique de Venise renvoie à la crise spirituelle, ainsi qu'à l'obsession, évocatrice et curative, du compositeur italien Scelsi.
La sculpture en feutre intitulée Timbral matérialise, en quelque sorte, l'espace qu'occupe cette onde sonore. Ces 52 pièces de feutres font évidemment référence au nombre identique de tou­ches blanches du piano. Il ne s'agit pas tant de mettre l'accent sur un impact visuel, mais plutôt de rendre tangible l'amplitude du timbre, de même que la silhouette de cette note. À l'aide d'un logiciel utilisé en architecture, l'oeu­vre Piano accumule de fines couches de résine blanche qui matérialise, encore une fois, cette fascination pour la musique de Scelsi (interprétée par la pianiste Louise Bessette).
En plus de quelques vinyles à tirage très limité, Horror Vacui termine ce survol des plus récentes productions de Stankievech. En utilisant la technique d'enregistrements réitérés de l'Américain Alvin Lucier, une cloche de verre est à la source d'expérimentations sonores qui proviennent d'une variété de chansons issues des années 60 et 70 (des Beach Boys, du Velvet Underground et de David Bowie) jouées en boucle à l'intérieur.
Selon les dires du concepteur, «le contenant devient lentement le contenu. Chaque expérimentation sonore est ensuite reproduite sur un disque vinyle de 12 pouces (chacun étant un objet unique). Les pochettes de feutre arborent les initiales, brodées à la main, de la chanson enregistrée sur le vinyle qu'il contient, créant ainsi une série d'objets en paires incluant la cloche et les disques». D'autres oeuvres sonores, ainsi que certains textes critiques, sont disponibles sur place, afin de donner une vue d'ensemble des réalisations de celui qui cite autant le philosophe Slavoj Zizek que le compositeur estonien Arvo Pärt comme influences.
Plus qu'une surface, less than a volume, de Charles Stankievech. Galerie des arts visuels de l'Université Laval, 295, boulevard Charest Est, bureau 404, Québec. Jusqu'au 22 mars.