Le palais de justice de Québec

Une femme se mourant du cancer poursuit son médecin de famille

Atteinte d'un cancer de l'estomac et avec peu de temps à vivre, une femme de 37 ans de Québec poursuit pour 310 000 $ le médecin de famille qui, selon elle, a failli dans son diagnostic, laissant ainsi le temps à la maladie de se développer.
Annie (prénom fictif) a souffert de la maladie de Hodgkin en 1993, à l'âge de 17 ans, et a dû recevoir des traitements de chimiothérapie et de radiothérapie. Le cancer a disparu et la jeune femme a retrouvé la santé.
Près de 20 ans plus tard, au début de 2012, Annie se met à perdre du poids et à souffrir de vomissements involontaires et de brûlements d'estomac.
Durant l'été, elle consulte son médecin de famille, le Dr Edward Alexander Cooper, dans une clinique du boulevard Laurier.
Selon ce qu'on peut lire dans la requête déposée le 5 février en Cour supérieure, le Dr Cooper «examine sommairement» Annie, écoute le récit de ses difficultés au travail et à la maison et «conclut que ses problèmes sont reliés au stress et à l'anxiété». Il prescrit un antidépresseur ainsi qu'un bilan sanguin et une radiographie pulmonaire.
Deux mois plus tard, Annie souffre des mêmes symptômes et retourne voir son médecin. Selon ce qui est allégué dans la requête, le Dr Cooper n'effectue aucun examen physique complet et «maintient que son problème est psychologique et non physique».
Annie commence donc à consulter une nutritionniste et un psychologue.
Durant tout l'hiver 2013, elle continue à perdre du poids. L'aiguille de la balance oscille désormais autour de 80 livres.
Au printemps, Annie vomit chaque fois qu'elle mange et ne peut plus ingurgiter que des purées pour bébé. Son poids atteint 73 livres.
Em mai, elle retourne voir un deuxième omnipraticien à la même clinique. Ce dernier pose un diagnostic de trouble d'adaptation et de dépression et prescrit un nouvel antidépresseur.
Annie rencontre le Dr Cooper en juin. Le médecin pose un diagnostic d'épisode de dépression sévère et d'anorexie mentale atypique.
En arrivant chez des amis à Victoriaville, Annie est dans un état tel qu'elle doit être transportée par ambulance à l'Hôtel-Dieu d'Arthabaska.
Les médecins lui font subir une batterie de tests. Le 12 juin, Annie apprend qu'elle est atteinte d'un cancer de l'estomac qui s'étend à l'oesophage et à une portion de la rate et du pancréas. Elle a de plus des métastases au foie.
Selon la requête, les médecins informent Annie que son cancer n'est pas opérable et qu'il ne lui reste que très peu de temps à vivre.
Les avocats d'Annie allèguent qu'en raison des fautes commises par le médecin Cooper, le cancer de l'estomac de la jeune femme «n'a pas été diagnostiqué et traité en temps utile et a progressé, sournoisement et à son insu, en 2012-2013 sans qu'elle ne bénéficie d'aucun traitement».
Selon ce qu'on peut lire dans la requête, Annie «a la conviction que si son cancer de l'estomac avait été diagnostiqué en temps utile, elle aurait aujourd'hui vaincu sa maladie et elle ne serait pas mourante».
Elle évalue à 310 000 $ les dommages subis ainsi que les pertes salariales.