L'expression et la chanson Lâche pas la patate ont été utilisées à quelques reprises en publicité au Québec, notamment en 2010 par la chaîne de restauration rapide Valentine.
L'expression et la chanson Lâche pas la patate ont été utilisées à quelques reprises en publicité au Québec, notamment en 2010 par la chaîne de restauration rapide Valentine.

Une expression bien cajun

Ian Bussières
Ian Bussières
Le Soleil
On doit en grande partie à la chanson interprétée par Jimmy C. Newman l'utilisation de l'expression «Lâche pas la patate» encore aujourd'hui au Québec. Cette locution cajun remonte toutefois à beaucoup plus longtemps, selon Barry Jean Ancelet, professeur en études francophones à l'Université de Louisiane à Lafayette et directeur des Festivals acadiens de Lafayette.
«Les gens d'ici avaient beaucoup d'expressions imagées comme celle-là, souvent basées sur la nourriture. Comme, par exemple, "Comment vont les haricots?" utilisé pour saluer quelqu'un. "Lâche pas la patate", ça veut dire : ne perds pas courage, tiens bien le coup. On dit aussi "Lâche pas la corde" ou "Lâche pas le câble"», explique le professeur Ancelet.
Il apporte cependant une précision. «Pour nous en Louisiane, une patate, c'est une patate douce, alors que vous, au Québec, ce que vous appelez une patate, nous appelons ça une pomme de terre», indique-t-il.
Il indique aussi qu'en langage cajun, la phrase «Lâche pas la patate, mon neg», qui constitue le refrain de la chanson, n'a aucune connotation raciste. «Dans ce contexte, "neg" veut dire un homme, alors on dit "mon neg" comme les Français disent "mon mec" ou les Québécois disent "mon chum". Cette expression-là est toutefois moins utilisée aujourd'hui, car certains ont exprimé un inconfort en raison de son caractère péjoratif.»
Le professeur Ancelet parle d'ailleurs de la pièce de Jimmy C. Newman comme de l'un des plus grands succès de la musique cajun. «Ce qui est amusant, c'est que cette chanson a été lancée la même année que les Festivals acadiens et, à l'époque, Jimmy C. Newman était venu la chanter ici. Cette année, on fête le 40e anniversaire en octobre, et Jimmy reviendra à Lafayette pour l'interpréter.»
L'expression et la chanson Lâche pas la patate ont aussi été utilisées à quelques reprises en publicité au Québec, notamment en 2010 par la chaîne de restauration rapide Valentine. Philippe Comeau, concepteur et rédacteur à l'agence de publicité LG2, se souvient très bien de cette campagne.
«C'était l'une des premières grandes campagnes de Valentine, qui voulait se repositionner, car elle est la plus grande des petites chaînes et la plus petite des grandes chaînes. Nous avions décidé d'utiliser des éléments d'authenticité et de nostalgie, car pour plusieurs, Valentine représente le bon vieux casse-croûte ou snack-bar», relate M. Comeau.
LG2 a donc choisi de placer le mot patate au coeur de la stratégie publicitaire de Valentine. «Plutôt que "frite", qu'on associe davantage aux frites surgelées des chaînes comme McDonald's. Une patate, c'est Québécois, c'est artisanal et c'est réconfortant.»
Avouant qu'il apprécie beaucoup la chanson de Jimmy C. Newman, Philippe Comeau déclare que le choix de la pièce musicale s'est ensuite fait tout naturellement.
«Pour la campagne radio, on a pensé immédiatement à la chanson qui fait partie du folklore. On a modifié des choses, évidemment, comme, par exemple, le mot neg qui n'est pas véhiculable au point de vue publicitaire. On a aussi essayé de moderniser un peu la chanson en la faisant interpréter par un autre», poursuit-il.
LG2 a bien sûr payé les droits afin de pouvoir utiliser la célèbre chanson popularisée par Jimmy C. Newman, mais Philippe Comeau avoue n'avoir jamais entendu parler du controversé Clifford Joseph Trahan, qui en est le véritable auteur.