Dominique Laliberté a été atteinte au visage par un projectile lors d'une manif à Victoriaville, subissant deux fractures à mâchoire en plus de perdre six dents.

Une étudiante blessée lors d'une manif veut poursuivre les autorités

Une étudiante de Québec blessée gravement au visage lors de la manifestation étudiante de Victoriaville, le 4 mai 2012, envisage sérieusement de poursuivre le procureur général du Québec et la Sûreté du Québec (SQ) dans le cadre d'un recours civil, pour utilisation abusive de la force.
Dominique Laliberté dit avoir été touchée au visage par un bâton cinétique tiré par un policier de la SQ lors de cette manifestation qui avait dégénéré, près du Centre des congrès de Victoriaville, en marge du congrès du Parti libéral. Plusieurs centaines de manifestants avaient convergé vers Victoriaville cette journée-là, afin de dénoncer la hausse des frais de scolarité.
L'étudiante de l'Université Laval était en train de s'éloigner de la zone de confrontation entre policiers et manifestants, lorsqu'elle a été atteinte par un projectile. Un témoin lui aurait dit qu'elle avait été touchée par un bâton cinétique. D'ailleurs, ce serait le seul projectile qui se trouvait sur le sol près d'elle, au moment de l'incident.
La jeune femme a passé quelques jours à l'hôpital, afin de traiter de nombreuses fractures à la mâchoire et pour se faire opérer. Elle a aussi perdu plusieurs dents. Elle a traversé une période de convalescence de quelques mois, avant qu'elle puisse reprendre ses activités régulières.
La famille de l'étudiante a retenu les services du réputé avocat Jean-Pierre Ménard, qui se spécialise dans les causes reliées au domaine de la santé.
Lors d'un entretien téléphonique, Me Ménard a affirmé que plusieurs éléments regroupés par le personnel de son bureau pourraient laisser croire que les policiers de la SQ ont utilisé une force excessive lors de cette manifestation, et que Dominique Laliberté a été une victime de cette force abusive.
«Nous sommes dans l'évaluation finale du dossier, afin de savoir si nous irons de l'avant avec un recours civil, explique Me Ménard. Nous ferons une annonce prochainement. Si nous déposons le recours, c'est que nous serons convaincus d'avoir les éléments de preuve qui nous permettront d'aller jusqu'au bout.»
Démonstration complexe
Me Ménard sait qu'il sera complexe de démontrer devant le tribunal que la SQ a fait usage d'une force excessive. Lors de cette manifestation, les policiers ont utilisé ces bâtons cinétiques pour contrôler la foule, mais plusieurs manifestants violents ont aussi lancé à peu près tout ce qui leur passait sous la main, dont des boules de billard.
«Il y a un paquet de facteurs dont il faut tenir compte, affirme Me Ménard. L'immunité de l'État et aussi les circonstances au cours desquelles ma cliente a été blessée.»
Quelques jours après cette manifestation, un porte-parole de la SQ avait affirmé en point de presse que Dominique Laliberté se trouvait trop loin de la zone d'affrontement pour avoir été touchée par un bâton cinétique. Me Ménard n'a pas voulu révéler sur quels éléments de preuve il se base pour faire cette affirmation, mais il affirme qu'il sera en mesure de contester cette version des faits de la SQ, si le recours est déposé.
Compte tenu que cette histoire pourrait se retrouver devant les tribunaux et qu'une plainte est toujours à l'étude en déontologie policière, la SQ a préféré ne pas émettre de commentaires. Dominique Laliberté a aussi décliné notre demande d'entrevue.
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15 plaintes pour Victo seulement
Seulement pour la manifestation violente du 4 mai 2012 à Victoriaville, 15 plaintes ont été déposées au Commissaire à la déontologie policière pour dénoncer le travail des agents de la Sûreté du Québec (SQ). La porte-parole du Commissaire, Me Louise Letarte, n'était pas en mesure de dire vendredi quelles plaintes pourraient éventuellement déboucher à des citations à comparaître pour des policiers de la SQ. Le processus d'enquête se poursuit dans ces dossiers au bureau du commissaire, s'est-elle limitée à dire. En comparaison, pour l'ensemble des manifestations qui se sont déroulées à Québec durant le dernier «printemps érable», un total de 17 plaintes déontologiques a été enregistrées contre des policiers de la Ville de Québec. Et à la grandeur de la province, on parle de 205 plaintes, qui touchent essentiellement des policiers de la SQ et des corps de police de Montréal, de Québec, de Gatineau et de Sherbrooke. Pour le moment, seuls quatre policiers de Montréal ont reçu une citation à comparaître en marge de leurs interventions lors du «printemps érable».