Même si Linda Goupil dit percevoir des signes d'une montée de l'intégrisme religieux, elle admet qu'il ne s'agit pas du quotidien des électeurs de la circonscription de Bellechasse, où elle est candidate.

Une charte pour «rassurer les gens», selon Linda Goupil

Linda Goupil, ancienne ministre de la Justice et de la Condition féminine, candidate péquiste dans Bellechasse, s'enflamme quand elle parle de la charte de la laïcité. Convaincue que le Québec est confronté à une montée de l'intégrisme religieux, elle y voit une façon de «rassurer les gens».
L'avocate estime toutefois qu'il faut se donner du temps pour la mise en application.
Mme Goupil dit cumuler les signes d'une montée de l'intégrisme religieux et elle s'en inquiète, au nom de l'égalité hommes-femmes et de la liberté de religion. «M. [Philippe] Couillard vit sur une autre planète quand il dit qu'il ne sent pas ça. C'est pas vrai, on en sent partout, à plusieurs endroits», insiste-t-elle, en entrevue avec Le Soleil à son bureau juridique de Pintendre.
Puis la politicienne y va d'anecdotes concernant la région de Québec. Elle parle de cette équipe de l'Université Laval dont un membre sabordait les réunions pour pratiquer sa religion ou de cette maman en bikini dans une pataugeoire dans Sillery, qui s'est sentie intimidée à l'arrivée d'un groupe de femmes voilées, au point de se couvrir malgré la chaleur.
Mme Goupil admet que ce n'est pas le pain quotidien des électeurs de la circonscription francophone et rurale de Bellechasse. Mais encore : «[Les électeurs] sont confrontés au fait que dans leur perception, parfois à tort, parfois à raison, ils se font imposer des valeurs de religions qui sont différentes de la leur et ça, ils ne l'acceptent pas.»
«Une femme de foi»
Celle qui se présente comme «une femme de foi», ayant même été «parent catéchète», dit que les catholiques s'attendent à ce que leurs croyances soient respectées au même titre qu'ils respectent les religions des autres.
Elle pense que l'interdiction d'arborer des signes ostentatoires dans la fonction publique, pièce de résistance de la charte, prouverait la neutralité de l'État et viendrait apaiser les tensions. «À partir du moment où on a une loi qui met des balises très claires, ça a pour effet de rassurer tout le monde», selon elle.
Mais pour cela, s'empresse-t-elle de préciser, il faut choisir le Parti québécois aux prochaines élections. «Si le Parti québécois est majoritaire, le Québec aura une charte de la laïcité. Si c'est les autres partis, il n'y en aura pas», rappelle-t-elle. La politicienne souligne que «le danger, c'est qu'un très grand nombre de personnes pensent que c'est adopté, que c'est réglé».
Un bémol
La femme de loi, qui se préparait à témoigner devant la commission parlementaire sur la charte, y va tout de même d'un petit bémol. Pour elle, la date d'application n'a pas besoin d'être la même dans tous les secteurs de la fonction publique. «Nous allons faire les choses correctement, sur une période suffisamment longue pour permettre aux gens de bien comprendre et bien saisir ce que nous voulons. Nous ne voulons pas que ces gens renient leur religion. Nous voulons que lorsqu'ils occupent une fonction au niveau de la fonction publique, qu'ils enlèvent tout signe ostentatoire. C'est tout, c'est pas compliqué», fait-elle valoir.
Mots durs à l'endroit d'Amir Khadir
Linda Goupil a une piètre opinion du député de Québec solidaire, Amir Khadir, depuis le visionnement d'images le montrant assis du côté des hommes lors d'une cérémonie religieuse musulmane, «un genre de communion», où des fillettes adoptent le hidjab.
«Amir Khadir était là, en avant, lui qui prône l'égalité hommes-femmes. Moi, si j'avais été Françoise David, il serait expulsé. De cautionner une chose comme ça, je ne sais pas comment il fait», s'est-elle emportée en entrevue au Soleil.
«On est ici au Québec. On inculque à ces petites filles que si elles ne sont pas voilées de la tête aux pieds, elles ne mériteront pas leur conjoint, elles ne mériteront pas la faveur de Dieu», s'insurge la candidate de Bellechasse.
Elle salue au passage l'idée de l'indépendante Fatima Houda-Pepin, reprise par le Parti québécois, de mettre sur pied un centre de recherche sur la lutte contre l'intégrisme pour «bien comprendre cette réalité et poser d'autres gestes ultérieurement»