Le chef libéral Philippe Couillard a sorti les crocs lors de son discours de début de campagne livré à Québec le 5 mars, promettant à ses militants d'aller se battre dans les coins de patinoire et de «mettre à la porte un gouvernement toxique» qu'il «déteste».

Une campagne bam bam

J'ai toujours trouvé plaisir à décoder ou à imaginer le sens caché des choses. Les signes, les symboles. Une vieille déformation de l'époque où j'étudiais la sémiotique dans les cours de littérature.
Dans mon calepin de notes du premier jour de campagne, j'ai noté la diversité et la jeunesse de ces militants libéraux, armés de bam bam gonflables sur une musique énergique.
Le discours du chef ce jour-là était dans le même ton : bam bam. M. Couillard a promis d'aller se battre dans les coins de patinoire et de «mettre à la porte un gouvernement toxique» qu'il «déteste».
Le choix de mots et une telle agressivité ne lui ressemblent pas, mais à la guerre comme à la guerre.
Le choix du lieu faisait aussi bam bam. Une salle du centre-ville de Québec, dans la circonscription de Taschereau détenue par la péquiste Agnès Maltais. 
La circonscription est imprenable pour les libéraux, mais le message était clair : le Parti libéral est à l'attaque à Québec. Deuxième presque partout dans la région en 2012, c'est lui qui fera des gains si le vote de la Coalition avenir Québec fléchit.
Dans le calepin, j'ai aussi noté que le parti de François Legault avait choisi Québec pour lancer sa campagne. 
Un local vacant du Centre Innovation. Un clin d'oeil. Peut-être une prémonition. 
Sur la scène en attendant le chef, les candidats s'amusent à prendre le premier selfie de la campagne. La photo de groupe sera sur le fil Twitter quelques instants plus tard. On gagne les courses que l'on peut.
Le ton du chef est vigoureux, mais la ligne du jour est moins haineuse que celle des libéraux. Notre principal adversaire, c'est la «résignation», plaide M. Legault. «C'est possible de changer.»
Il estime avoir un «avantage à Québec». C'est plus facile d'y convaincre qu'il y a des emplois de trop dans la fonction publique et des gains d'efficacité à faire. 
Cela sonne davantage la redite que l'innovation, mais le message a déjà fait le succès du parti à Québec.
Mon troisième symbole n'était pas dans le calepin. Les choix du Parti québécois (PQ) pour Québec ce même jour : la fuite et le silence. 
La caravane a quitté Québec dès le signal de départ et la chef a décliné les questions. 
Cela suggère des attentes modestes pour la capitale. Au mieux une circonscription de plus, peut-être deux. 
Hormis peut-être Dominique Payette, fille de Lise, le PQ a choisi de ne pas gaspiller de recrue prestigieuse ou de vedette dans une région qui le boude. Je le dis en tout respect pour les candidats qui vont quand même mener bataille.
Comment expliquer autrement qu'un candidat de grande notoriété comme l'ex-collègue Alexis Deschênes, ancré à Québec avec sa famille, ait préféré tenter sa chance à Trois-Rivières?
*****
Pauline Marois a prétexté le blocage des partis d'opposition pour déclencher des élections après seulement 18 mois de gouverne.
Tout le monde sait, y compris les péquistes, que ce n'est pas le vrai motif ou pas le seul. 
Bloqué, le gouvernement du PQ? Le site Web du Parti québécois suggère le contraire. On y trouve les promesses de la dernière campagne et leur niveau de réalisation. 
En date de décembre, moment de la dernière mise à jour, le PQ estimait que seulement 5 de ses 98 engagements avaient été bloqués par les partis d'opposition. Les autres promesses étaient déjà réalisées (34), en voie de l'être (43) ou à venir (16).
Les seuls sujets où le PQ disait constater un blocage étaient ceux-ci : Charte de la langue française, transformation locale des matières premières, création d'une Banque de développement économique du Québec, moratoire sur les gaz de schistes et l'accueil des immigrants.
La charte de la laïcité était alors classée parmi les promesses «à venir» et non dans celles qui étaient bloquées. 
Difficile d'évaluer objectivement le niveau de réalisation des promesses électorales et les raisons pour lesquelles elles ne sont pas toujours tenues. 
Un parti peut avoir changé d'idée, s'être laissé convaincre de faire des amendements, avoir manqué de temps ou avoir été empêché d'agir.
Après avoir dénoncé le blocage des autres partis pour appliquer la loi 101 au cégep, le PQ vient d'y renoncer de lui-même.
*****
Une équipe de chercheurs politiques de l'Université Laval a créé un outil de mesure indépendant des promesses du Parti québécois.
Le «Polimètre Marois» a été remis à jour cette semaine. La rubrique «promesses en voie de réalisation» a été supprimée et les sujets qui s'y trouvaient, refoulés dans la catégorie Promesses rompues.
Cela peut paraître injuste si on pense au projet «Mourir dans la dignité» pour lequel le gouvernement a beaucoup travaillé. Mais c'est un choix méthodologie qui se défend. Dans les faits, le projet n'est pas réalisé.
Verdict final du gouvernement Marois : 51 % de promesses réalisées en tout ou en partie et 49 % de promesses rompues. 
C'est à peu près le même résultat que les 54 % de promesses tenues du gouvernement Harper minoritaire de 2008-2011; un peu mieux que les 45 % du Charest minoritaire de 2007-2008 et nettement moins que les 67 % du Harper minoritaire de 2006-2008.
Des gouvernements majoritaires arrivent à faire mieux, note le professeur François Pétry, créateur du Polimètre.
Contrairement à la perception générale, dit-il, les gouvernements remplissent la plupart de leurs engagements électoraux. 
Les promesses d'aujourd'hui sont habituellement plus précises et plus facilement vérifiables qu'avant, note-t-il aussi. 
Entre les deux tiers et les trois quarts des promesses sont habituellement tenues. Cela veut donc dire qu'une promesse sur trois ou sur quatre ne sera pas tenue. 
Assez pour entretenir le cynisme.
Surtout si cette promesse est très visible et facilement vérifiable, comme celle de tenir des élections à date fixe.