Le jeu est plutôt caricatural, mais les trois comédiens sont sur la même longueur d'onde, ce qui donne une belle unité de ton.

Un sofa dans le parc: un gentil parasite

Il y a des parasites qui sont plus attachants que d'autres. Eugène, un itinérant ratoureux qui réussira à s'incruster chez un couple de trentenaires obnubilés par leur carrière, fait partie de cette catégorie.
La pièce Un sofa dans le parc a connu de nombreuses vies depuis sa première création, à La Roche à Veillon, en 1992. Pour son 50e anniversaire, le théâtre de Saint-Jean-Port-Joli, en collaboration avec les Productions Théâtrissimo, a décidé de ramener la pièce de Martin Doyon sur ses planches.
C'est Bertrand Alain qui a pris les commandes de la mise en scène de cette nouvelle mouture. L'histoire commence alors que Marie-Lou (Sophie Dion), une directrice du marketing dans une grande chaîne d'épicerie, fait irruption dans son appartement, complètement énervée. Elle a ramené avec elle Eugène (Clément Beaumont), un itinérant qui l'a sauvée d'une agression dans la rue... même si on comprend vite que son geste n'était peut-être pas si héroïque!
Pour le remercier, la femme l'invite à dormir sur leur (très inconfortable) sofa italien. Une surprise de taille pour son mari Frédéric (Michel Maxime Legault), qui le découvrira dans sa robe de chambre le lendemain matin. Au fil du temps, Eugène s'incrustera dans la vie du couple, devenant l'homme à tout faire qui soulage ces carriéristes sous pression des tâches quotidiennes.
Choc des classes
Le choc des classes produira évidemment de drôles de situations, et le pauvre bougre d'Eugène devra se montrer débrouillard pour se tirer de quelques mauvais pas, notamment en négociant un important contrat de distribution de vin avec une snob parisienne (d'ailleurs l'un des segments les plus réussis de la pièce).
Les trois comédiens livrent des interprétations honnêtes, particulièrement Clément Beaumont qui reprend avec maturité le rôle d'Eugène. Le jeu est plutôt caricatural, mais les trois comédiens sont sur la même longueur d'onde, ce qui donne une belle unité de ton.
On dirait qu'on sent un peu l'âge de la pièce, même si elle est actualisée, autant sur le plan des technologies que celui de l'apparence des personnages et même de leurs prénoms. L'effort est appréciable et n'est pas en cause. Le décor constitué d'un grand pan de mur couvert de portes modulables s'avère d'ailleurs une belle réussite pour ancrer la pièce dans un univers contemporain. On reconnaît la touche de Vano Hotton, dont les conceptions déçoivent très rarement. Il réinvente de belle façon le traditionnel combo salon-salle à manger souvent repris dans les comédies d'été.
Un sofa dans le parc est une pièce rigolote, mais la trame n'échappe pas à certains clichés. On rit par intermittence, souvent plus tendrement que par réelle surprise. En fait, la pièce est un classique représentatif de ce qui a fait vibrer les théâtres d'été au Québec ces 25 dernières années.
S'agissait-il d'un bon choix en cet été de célébration à La Roche à Veillon? Dans l'esprit de la commémoration, la pièce joue le rôle d'un beau clin d'oeil au passé, projeté dans l'avenir par une facture plus moderne et servi par une production honnête et efficace. Beaucoup aimeront la recette, mais la pièce semblait manquer de cet ingrédient secret qui lui aurait donné un nouveau souffle.
La pièce Un sofa dans le parc est présentée jusqu'au 30 août à La Rocheà Veillon, à Saint-Jean-Port-Joli.