L'Israélien Igal Naor campe avec talent un Saddam plus vrai que le vrai, autant dans les gestes que dans l'attitude.

Un Saddam qui glace le sang

Est-il encore trop tôt pour rappeler les années de règne de Saddam Hussein dans une série dramatique? La question a été posée quand HBO a lancé La maison de Saddam, une minisérie dramatique de quatre épisodes que la chaîne américaine a coproduite avec la BBC. Après avoir visionné le premier épisode, je n'ai senti aucun malaise autre que celui causé par l'histoire bien réelle qu'on nous racontait. D'une indéniable qualité, La maison de Saddam rappelle un pan essentiel de l'histoire politique du Moyen-Orient et nous fait mieux comprendre le contexte du règne de terreur de l'homme. Super Écran diffusera l'oeuvre en deux épisodes de deux heures, les dimanches 29 mars et 5 avril à 20h.
Dans les premières minutes, j'ai eu l'impression d'assister à une version arabe des Soprano, avec le sous-chef qui veut prendre la place du chef, et qui est prêt à zigouiller n'importe qui pour y parvenir. Un Saddam qui fume le gros cigare, vit dans un palais, et exerce un pouvoir sans limite, autour de lui comme dans la population.
L'Israélien Igal Naor campe avec talent un Saddam plus vrai que le vrai, autant dans les gestes que dans l'attitude. Son Saddam fait peur, et chacun de ses gestes fait anticiper le pire. C'est à qui périra sous le joug du tyran, auquel on ne prête aucune intention charitable.
Après avoir forcé le président Al- Bakr à invoquer la maladie pour démissionner, Saddam Hussein impose déjà un style impitoyable, en faisant zigouiller ses dissidents par ses propres hommes. Il ira jusqu'à assassiner de sang-froid son meilleur homme de confiance. «L'homme qui peut sacrifier jusqu'à son meilleur ami est un homme sans faiblesse. Aux yeux de mes ennemis, je suis plus fort que jamais», dira-t-il.
Symbole de son aura déjà immense : la veuve de l'ami en question s'inclinera, lui adressant même sa gratitude. «Dis-moi ce que mes enfants et moi devons faire pour te servir et servir l'Irak», lui dira-t-elle, dans une scène absolument surréaliste.
Tournée l'an dernier en Tunisie, la dramatique est inspirée de témoignages de personnes qui l'ont connu... et qui ont survécu, de même que de documents d'archives. L'oeuvre a requis trois années d'intensive recherche, et s'arrête lorsqu'on trouve Hussein dans son trou. Rien du procès et de son exécution.
Je laisserai aux spécialistes le soin de relever les incongruités historiques de la série et les partis pris politiques des auteurs. La façon de romancer la réalité - notamment avec la maîtresse de Saddam - fera peut-être sourciller les puristes. Mais d'un point de vue télévisuel, il y a assurément là une oeuvre dramatique captivante à inscrire à l'agenda. Trahisons, querelles familiales, tromperies amoureuses : tous les ingrédients d'un soap historique de qualité.
Par ailleurs, Super Écran annonce qu'elle consacrera dès le 29 mars sa case horaire du dimanche à 22h à des oeuvres de HBO, à commencer par les séries Le monde selon Tim et Little Britain USA. La troisième saison de Big Love est attendue pour le mois de mai, et la sixième saison d'Entourage pour septembre, toujours dans cette case, baptisée Rendez-vous HBO.