Un retard inexcusable

Tout le monde savait que les travaux de la Commission des institutions sur la charte de la laïcité débutaient mardi dernier. Mais ce n'est que lundi, six jours plus tard, que les libéraux se sont réunis en caucus pour en arriver à une position claire et articulée sur le sujet. Ils devaient le faire une semaine plus tôt, mais ils ont reporté la rencontre parce que plusieurs députés étaient en vacances. Avec comme résultat que le critique du parti, Marc Tanguay, a eu l'air d'un incompétent la semaine dernière, parce qu'il était incapable d'offrir une réponse aux médias sur le port du tchador.
Pendant que Tanguay se débattait d'une contradiction à l'autre, son chef Philippe Couillard n'a pas cru nécessaire de sortir publiquement pour donner l'heure juste.
Que s'est-il donc passé pour en arriver à un tel cafouillage? M. Couillard était pourtant à Québec, nous a-t-on appris.
Le fait est que si les libéraux se sont retrouvés dans l'embarras, c'est qu'ils ont voulu éviter la crise dans laquelle a été plongé le Bloc québécois quand Daniel Paillé a exclu Maria Mourani du parti à cause de son opposition à la charte. Quand Fatima Houda-Pepin a fait une sortie contre la position de son parti sur le même sujet, en novembre dernier, Philippe Couillard a préféré ouvrir une porte au dialogue. Il lui a offert de participer aux travaux du comité dirigé par Gilles Ouimet, qu'il avait mandaté pour préparer la position du Parti libéral du Québec (PLQ). 
Selon les confidences recueillies, la position intraitable de Mme Houda-Pepin a eu pour effet de paralyser les travaux du groupe. Résultat, les libéraux se sont retrouvés Gros-Jean comme devant au début de janvier, sans position claire sur le sujet le plus controversé de l'année. Pis encore, ils avaient confié à Marc Tanguay, un néophyte en politique, le soin de les représenter à la commission parlementaire chargée d'étudier le projet de charte de Bernard Drainville. Tanguay est tombé tête baissée dans le piège du tchador, alors que c'était au gouvernement et non à l'opposition officielle qu'il appartenait de défendre le détail de sa position sur la laïcité.
Cette période de flottement au PLQ a été suivie d'un sondage dévastateur de Léger Marketing, effectué vendredi et samedi derniers, dans la foulée du cafouillage libéral. Un sondage qui a montré une remontée importante du Parti québécois aux dépens du PLQ. Si on avait voulu déstabiliser les libéraux, on n'aurait pas fait mieux. Les députés élus par une faible majorité aux dernières élections sont arrivés inquiets au caucus de lundi, craignant que Pauline Marois ne profite du contexte pour déclencher des élections avant le budget. Un scénario qui doit certainement faire l'objet de discussions au gouvernement...
Où s'en va Philippe Couillard au lendemain d'une telle déconfiture? Le chef du PLQ a mis le poing sur la table lundi. Il a placé son caucus et sa députée Houda-Pepin devant une position ferme.
Vaut mieux tard que jamais, mais son défi est de ramener le débat sur le terrain économique, ce qui n'est pas évident. Les libéraux avaient mis tous leurs efforts des derniers mois à dénoncer le bilan économique des péquistes. Leur valse-hésitation de la semaine dernière a éloigné les projecteurs de cette question. Pour de nombreux députés, c'est un revers inexcusable.
M. Couillard tentera de reprendre l'initiative et sera beaucoup plus présent dans le débat public au cours des semaines à venir. Mais il a peu de temps pour ce faire si Pauline Marois succombe à la tentation de déclencher des élections avant le dépôt du budget.