Le gouvernement souverainiste majoritaire que pourrait obtenir Pauline Marois ne pourrait pas gouverner pendant quatre ans sans tenir de référendum. Ce serait un aveu d'impuissance.

Un référendum pendant les élections fédérales?

«Nous sommes en campagne électorale, nous ne sommes pas en campagne référendaire», a déclaré Pauline Marois, jeudi.
C'est vrai. Mais la tenue d'un référendum sera incontournable si le Parti québécois obtient une majorité. La première ministre d'un gouvernement souverainiste majoritaire ne pourrait pas gouverner pendant quatre ans sans tenir un référendum. Ce serait un aveu d'impuissance. Ce serait admettre l'échec du rêve souverainiste. Ce serait une capitulation sans combat, un scénario pire que la défaite.
Il y aura donc un référendum, et je me hasarde à faire une prédiction sur la date : le 26 octobre 2015, 20 ans presque jour pour jour après celui du 30 octobre 1995... et une semaine après les élections fédérales qui auront reporté Stephen Harper au pouvoir, ou élu le fils de Pierre Elliott Trudeau, qui a battu les souverainistes en 1980, en leur promettant des changements.
Une campagne référendaire pendant la campagne électorale fédérale? Vendredi, Mme Marois n'a pas écarté la possibilité. Elle a déclaré qu'elle cheminera «selon l'agenda qui nous appartient».
La loi sur les élections à date fixe oblige Stephen Harper à tenir des élections le 19 octobre 2015. Rien ne détermine la date d'un référendum.
Une campagne référendaire pendant la campagne fédérale chambarderait la scène politique canadienne. La concertation des forces fédéralistes au Québec serait difficile, alors qu'au contraire, les forces souverainistes ne seraient plus dispersées entre le PQ et le Bloc, qui a été rayé de la carte aux dernières élections.
Les conditions seraient-elles gagnantes? Peu importe les sondages, jamais le PQ n'a eu une équipe aussi éloquente pour défendre la thèse souverainiste, depuis 1980. Nous sommes bien loin de la campagne de 1995, pendant laquelle Jacques Parizeau avait dû faire appel à Lucien Bouchard. Les Bernard Drainville, Pierre Duchesne, Jean-François Lisée... et Pierre Karl Péladeau seraient des porteurs de ballon très efficaces en campagne référendaire.
Pourquoi un référendum aussi tôt? Parce qu'un gouvernement Marois réélu majoritaire aurait le vent dans les voiles devant des partis d'opposition décimés. Et surtout parce qu'il ne voudrait pas courir le risque d'attendre la deuxième partie de son mandat, alors que les problèmes économiques et les accidents de parcours lui auront aliéné une partie de l'électorat. Mon collègue Jean-Marc Salvet nous a révélé mercredi qu'à la demande de Pauline Marois, le livre blanc sur l'avenir du Québec devra être prêt au plus tard un an après l'éventuelle réélection du PQ. Le gouvernement aurait alors six mois pour préparer la tenue d'un référendum à la fin d'octobre. Pourquoi attendrait-il plus tard? Pour laisser aux partis fédéraux et au premier ministre canadien fraîchement réélu le temps de concocter une stratégie de peur ou de séduction pour les Québécois? Inscrivez tout de suite octobre 2015 sur le calendrier et collez ma prédiction sur la porte du frigo...
L'autre Péladeau
Comme la majorité des journalistes, je trouve inconcevable que le propriétaire de 40 % des entreprises de presse du Québec puisse devenir un ministre du gouvernement. Imaginez les hauts cris des péquistes si un membre de la famille Desmarais s'était retrouvé dans cette situation sous les libéraux. Mais bon, on n'est pas à une contradiction près.
Cela dit, j'ai été très impressionné par la prestation de Pierre Karl Péladeau jeudi, sur l'entrepreneuriat. Ça m'a rappelé la différence entre le discours d'un professeur de journalisme qui n'a jamais exercé le métier et celui d'un prof qui a fait du terrain. Péladeau connaît les entrepreneurs, il transmet avec brio sa passion pour le développement des PME et communique bien sa fierté de voir les Québécois prendre leur place dans le monde des affaires. Son discours ferait fureur devant les chambres de commerce du Québec.
J'ignore cependant si le PQ osera l'envoyer seul porter ce message. On a vu Pauline Marois le tasser à plusieurs reprises, jeudi matin, pour lui éviter de parler de souveraineté ou de ses actions dans Québecor. PKP est un néophyte en politique. Imaginez... aller dire qu'il pourrait représenter le Québec pour négocier la souveraineté, ou encore que le leadership du PQ pourrait l'intéresser un jour. Mais Mme Marois n'est pas une néophyte. Pourquoi avoir spéculé sur les frontières ou la monnaie d'un Québec indépendant? Quel cadeau pour Philippe Couillard, à une semaine du premier débat! Six mois, c'est une éternité en politique? Que diriez-vous de six jours?