Dans cette résidence de Saint-Isidore, en Beauce, les policiers ont découvert la nuit dernière une personne sans vie et deux autres dont on craint pour la vie. Les victimes portaient des marques de violence.

Un possible drame familial fait 3 morts et 2 blessés

La double scène d'un crime qui a fait un total de trois morts et deux blessés graves à Sainte-Croix de Lotbinière et à Saint-Isidore de Beauce, dans la nuit de samedi à hier, a toutes les apparences d'un drame familial qui aurait pu être causé par un triangle amoureux.
Si la Sûreté du Québec (SQ) ne peut pas confirmer tous les liens qui existent entre les différentes victimes et le principal suspect, blessé gravement et reposant à l'hôpital, certaines informations véhiculées par le voisinage tendent vers cette hypothèse.
Nancy Samson, 44 ans, et Benoît Daigle, 39 ans, ont tous deux été retrouvés sans vie à la résidence de ce dernier, vers 20h45 samedi, sur le chemin privé de la côte des Bouleaux, à Sainte-Croix. Assez vite, l'enquête menée par la SQ a dirigé les policiers vers une autre résidence, située à quelque 70 kilomètres de là, au 103, chemin de la Grande-Ligne, à Saint-Isidore. Les patrouilleurs ont alors fait la découverte, vers 0h30, d'une autre «scène violente», où gisaient les corps de trois personnes, dont une décédée.
Medora Godin, 13 ans, n'a eu aucune chance de s'en sortir, alors que sa soeur de 11 ans, Béatrice, repose toujours dans un état critique, qui fait que l'on craint pour sa vie. Leur père, Martin Godin, 54 ans, blessé gravement, est considéré comme le suspect numéro un dans cette affaire. L'homme qui séjourne présentement à l'hôpital sera rencontré par les policiers «dès que son état le permettra», affirme Claude Denis, porte-parole de la SQ.
«Une autopsie sera pratiquée sur le corps des victimes en début de semaine afin de déterminer les causes du décès», relate le sergent Denis, se limitant pour le moment à indiquer que «des traces de violence» ont été trouvées sur les deux scènes de crime. Il s'agit bel et bien de «trois homicides», confirme-t-il.
Selon plusieurs témoignages, Nancy Samson était la conjointe de M. Godin et la mère des deux filles impliquées dans le drame. Le couple, qui n'était pas natif de Saint-Isidore, possédait un chalet à Sainte-Croix, juste à côté de la résidence de Benoît Daigle. La rumeur veut que Mme Samson entretenait une relation intime avec M. Daigle, qui se relevait depuis quelques années de déboires avec la justice (lire l'autre texte).
Menaces
Celui-ci a par ailleurs déjà fait l'objet de menaces de la part de M. Godin, au point où son avocat de l'époque, Me Christian Bélanger, lui avait suggéré de porter plainte aux autorités. Godin «ne voulait pas qu'il soit avec» Mme Samson, a expliqué Me Bélanger en entrevue téléphonique avec La Presse. Les menaces n'auraient pas été proférées avec une arme et se seraient limitées à des échanges verbaux.
Me Bélanger a ajouté qu'il n'a pas fait «le suivi» sur cet élément après la fin des procédures contre M. Daigle, en 2011, et qu'il ne savait pas si les menaces s'étaient poursuivies. Il ne sait pas non plus si une plainte a effectivement été déposée à la police.
Dimanche, l'avocat basé à Québec s'est souvenu que son client était un «jeune honnête dans toutes ses réponses» et qu'il avait été «responsable» dans le cadre des procédures criminelles contre lui.
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«Benoît allait bien, maintenant...»
Samedi soir, le maire de Sainte-Croix, Jacques Gauthier, et sa femme, Lucile Noël, ont aperçu les gyrophares de police, quelques résidences plus bas sur la route 132, mais jamais ils ne se doutaient de l'ampleur du drame qui venait de se jouer dans leur entourage. Ce n'est que dimanche matin, lorsqu'ils ont reçu l'appel de leurs voisins immédiats - les parents d'une des victimes, Benoît Daigle -, qu'ils ont saisi la gravité des événements.
«Benoît a été assassiné!», a lancé au bout du fil la mère de M. Daigle, qui venait tout juste de recevoir la visite d'agents de la Sûreté du Québec. «Les parents sont complètement dévastés», relate Mme Noël, la voix nouée par l'émotion. «Ils sont sous le choc, ils sont sans mots. Pour eux, ça ne se peut pas. Pour nous non plus, on ne le réalise pas encore.»
Benoît Daigle était connu dans le village pour différentes raisons, notamment parce qu'il travaillait comme soudeur dans une entreprise locale et parce qu'il a déjà été pompier volontaire. Des voisins ont également raconté avoir eu vent de son passé judiciaire, Daigle ayant plaidé coupable en 2011 à des chefs d'accusation à caractère sexuel sur deux personnes d'âge mineur, dans les années 90, alors que lui-même n'avait pas encore atteint l'âge de la majorité.
Un bon voisin
Or, pour M. Gauthier et Mme Noël, il restait le jeune homme d'à côté qu'ils côtoyaient depuis plus de 20 ans. Il était un bon voisin, travaillant et toujours prêt à aider, tout comme ses parents, avec qui le couple discutait souvent, et allait même jouer aux quilles de temps en temps. «Benoît allait bien, maintenant...» laisse tomber Mme Noël. «Ses parents l'ont toujours soutenu, dans les hauts comme dans les bas. Il a réussi à garder la tête haute et à garder son travail, et là il y a ça qui arrive...»
En tant que maire de la municipalité, Jacques Gauthier sait que la population aura du mal à s'expliquer ce qui s'est produit. Quant à sa femme, coordonnatrice à l'organisme communautaire Entraide Sainte-Croix, elle s'est assurée que ses voisins reçoivent tout le soutien psychologique nécessaire pour passer à travers la dure épreuve.
La famille de Benoît Daigle a préféré ne pas s'adresser aux médias afin de préserver son intimité.
Avec La Presse