Deux jours après l'incendie, des enquêteurs fouillent toujours les débris afin de retrouver des corps.

Un policier au coeur de L'Isle-Verte et de Lac-Mégantic

L'horreur, les policiers la côtoient plus souvent sur des scènes de crime que dans un déraillement de train ou dans une résidence pour personnes âgées rasée par les flammes. En six mois, un agent de la Sûreté du Québec (SQ) a été au coeur des fouilles des tragédies de Lac-Mégantic et de L'Isle-Verte. «Deux événements majeurs complètement différents, avec des conditions extrêmes différentes.»
«À Lac-Mégantic, c'était la chaleur, L'Isle-Verte, c'est la froideur. Là-bas, notre pire ennemi, c'était le kérosène [qui s'échappait des wagons], ici, c'est la glace.»
Ce policier d'expérience, qui a préféré taire son nom, est incapable de départager laquelle des deux opérations de recherche est la plus dure physiquement. Mais la chaleur écrasante de Lac-Mégantic, qu'il a connue pendant deux semaines en juillet, ne semble pas l'emporter sur les vents et l'air glacial de L'Isle-Verte.
«C'est difficile, c'est plate pour tout le monde qui est affecté par le drame, mais pour nous, ça permet de mettre en pratique nos techniques», estime-t-il.
L'homme a été appelé à se rendre sur différentes scènes catastrophiques dans sa carrière, que ce soit des écrasements d'avion, des incendies majeurs aux quatre coins du Québec et des déraillements de train, dont le plus grave à Lac-Mégantic l'été dernier. Mais jamais il n'a été dépêché sur une scène aussi glacée que celle de la Résidence du Havre.
En la voyant en flammes à la télévision, il savait toutefois qu'il s'y rendrait tôt ou tard pour rechercher les corps des victimes.
Dépouilles manquantes
Le tragique incendie de L'Isle-Verte a fait huit morts jusqu'à maintenant et une trentaine d'autres pourraient se trouver dans les décombres de la résidence.
Alors que les proches de victimes se demandent si les dépouilles pourront toutes être retrouvées, les équipes de recherche ont été mises au repos, vendredi soir, au terme d'une pénible journée marquée par le froid polaire.
Les équipes de recherche qui se relaient sont composées de policiers experts en scène de crime de la SQ, de pompiers de différents services incendie de la région, de pathologistes et de coroners.
Le policier qui s'est confié au Soleil expliquait qu'en début d'après-midi, son équipe n'avait toujours pas atteint le coeur des décombres de la résidence pour personnes âgées.
L'eau qui a permis d'éteindre le feu a formé un épais tapis de glace, et chaque centimètre doit être passé au peigne fin. «C'est pas juste de faire fondre la glace, c'est fouiller et chercher les ossements des corps, identifier les endroits où on pense qu'il peut y en avoir», détaille le policier spécialisé en identité judiciaire depuis une quinzaine d'années. «Il ne faut pas faire d'erreur, parce qu'on ne peut pas revenir en arrière.»
L'opération tout aussi délicate que longue nécessite l'utilisation de la vapeur pour dégager les dépouilles de la glace.
«C'est une scène hors du commun, dans des conditions extrêmes. On tente d'innover, de trouver des façons d'être le plus efficaces possible», a quant à lui indiqué le lieutenant de la SQ Guy Lapointe, en précisant que la police provinciale étudiait la possibilité de faire venir de nouveaux équipements pour accélérer les recherches.
Pendant ce temps, des familles de victimes se demandent en quoi les recherches les aideront à faire leur deuil.
«On voit plus grand-chose. C'est un amoncellement de glace. Qu'est-ce qu'ils vont trouver? Comment on va la trouver?» se questionnait vendredi Marc-Henri Saindon, qui a perdu sa mère dans l'incendie. La dame devait avoir 100 ans en avril prochain.
«Il n'y a plus d'espoir», a-t-il laissé tomber, alors qu'il marchait devant les décombres avec une photo de sa mère dans les bras.
Avec Pierre-Olivier Fortin
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«C'est une scène de désolation»
La mairesse de L'Isle-Verte, Ursule Thériault, a constaté vendredi la «scène de désolation» causée par l'incendie de la Résidence du Havre, après avoir écourté ses vacances en Floride où elle se trouvait au moment du drame.
Rentrée dans sa localité vendredi après-midi, Ursule Thériault s'est montrée rassurée par le «travail de titan» accompli par la mairesse suppléante, Ginette Caron, et l'ensemble des autorités qui ont pris en charge le village de 1400 âmes.
«Tout est sous contrôle, on est extrêmement bien entourés», a-t-elle souligné lors de son premier point de presse. «On a le bien-être de nos gens à coeur. [...] On a la démonstration sans équivoque que L'Isle-Verte est une population qui se tient», a exprimé Mme Thériault, qui n'a perdu «aucun» proche dans la tragédie.
La mairesse de L'Isle-Verte n'a pas voulu céder à la panique lorsque questionnée sur l'avis d'ébullition de l'eau potable émis pour l'ensemble de la localité. Elle a assuré que les réserves d'eau étaient «sous contrôle».