Un plan timide pour Québec

Il fallait une certaine audace au gouvernement Marois pour détourner 1 milliard $ de l'entretien des routes vers celui des équipements de transport en commun.
D'autres diront de l'insouciance ou de la provocation, en pensant aux ouvrages routiers qui tombent en morceaux sur la chaussée d'en bas.
Le ministre des Transports et des Affaires municipales, Sylvain Gaudreault, a noté les réactions. «J'assume un peu de chaleur», dit-il.
Dans les faits, sa décision n'est pas tant courageuse que pragmatique.
Les infrastructures de transport en commun sont en plus mauvais état que celles du réseau routier, évalue le ministre des Transports.
Et les conséquences d'une rupture de service seraient plus lourdes sur une ligne de métro que sur une autoroute, aussi achalandée soit-elle.
Le calcul devenait facile à faire, surtout qu'il n'implique aucune addition. Seulement de déplacer les mêmes chiffres d'une case à la suivante.
On parlerait d'audace politique si le gouvernement voulait forcer la Ville de Québec à utiliser, comme Montréal, une surtaxe sur l'essence pour financer le transport en commun.
Cela provoquerait une collision frontale avec le maire et un débat sanglant sur la place publique. Mais le message du transport en commun serait clair. Le ministre Gaudreault préfère ne rien imposer et, ce faisant, atténuer la portée de son message.
La stratégie «nationale» de mobilité durable dévoilée cette semaine vise à accroître l'offre de transport en commun de 30 % d'ici 2020.
Qu'y a-t-il pour Québec là-dedans? En réalité très peu et rien de spécifique.
La Stratégie dite «nationale» ne concerne en fait que Montréal, ou presque. La statistique est éloquente : 85 % des déplacements en transport en commun au Québec se font à Montréal. L'effort du gouvernement sera distribué en conséquence, et encore. Lorsqu'on parle de retards d'entretien, je soupçonne le gouvernement de penser davantage au métro de Montréal qu'aux autobus de province.
Un autobus en panne ne compromet pas le flux d'une petite ville. Un tunnel bloqué à l'heure de pointe par une chute de béton, si.
Le ministre Gaudreault a par ailleurs eu cette petite phrase pour expliquer sa retenue pour le transport en commun dans la capitale :
«Je ne peux pas aller plus vite que Québec. Je fonctionne avec les demandes qui me sont faites». Il marque ici un point.
J'ai retrouvé un vieil écrit de 1996 annonçant que les sociétés de transport des deux rives de Québec s'étaient entendues pour intégrer leurs réseaux et leurs tarifs.
Outre un meilleur service, elles faisaient valoir que le projet aiderait à réduire la circulation sur les ponts aux heures de pointe.
Il ne manquait que le feu vert - et l'argent - du Ministère. On a depuis multiplié annonces et avis d'intention, mais toujours sans résultat.
Après 20 ans de niaisage, le gouvernement Marois veut à son tour harmoniser l'offre de services d'autobus entre les deux rives.
Le ministre Gaudreault espère y arriver par la bonne volonté et par une réforme de la gouvernance des sociétés de transport. Il écarte cependant le scénario d'une fusion.
Pour convaincre, le ministre évoque, timidement, la menace de retenir l'aide financière pour les nouveaux projets tant qu'il n'y aura pas d'entente.
C'est gentil de ne vouloir bousculer personne et de respecter l'autonomie de chacun, mais on a vu où ça mène : nulle part.
Il vient un moment où l'intérêt public est mieux servi en forçant la bonne solution plutôt que par des incantations pour qu'elle arrive. Comme on l'a fait pour les fusions municipales.
Le débat est lancé sur le sens à donner au mot covoiturage.
Mon avis? Plus proche de celui du ministre Gaudreault que de celui du député Éric Caire.
Il me semble que le covoiturage sous-entend le partage d'une voiture entre des voyageurs qui auraient autrement pris chacun la leur.
Ce n'est pas le cas d'un enfant qu'on va reconduire à l'école ou à la garderie, à moins d'amener aussi l'enfant d'un voisin et d'épargner ainsi un déplacement à ses parents.
Le succès du covoiturage ne devrait pas se mesurer au nombre de personnes qui partagent une voiture, mais au nombre de voitures que le partage permet de sortir du chemin.