Au cours des dernières semaines, des informations sur la vente du Concorde ont circulé. L'immeuble pourrait abriter des résidences de luxe pour étudiants ou des espaces à bureaux.

Un patrimoine à protéger

Le souvenir de moments très dignes et de nuits qui l'étaient parfois moins.
Plus de 30 ans de fréquentations. Travail, brunchs du dimanche, 5 à 7 de soirs de Festival, envolées de nuit dans l'ascenseur panoramique vers un souper d'amoureux ou un dernier verre sur le toit de la ville.
J'ai souvenir d'un lointain party déjanté dans la suite présidentielle où des collègues avaient invité des artistes dont il vaut mieux taire le talent.
Le Concorde, c'est le confort chic à l'américaine. Les récents commentaires sur Tripadvisor rappellent cependant la réalité d'un hôtel en déclin, largué par ses propriétaires.
«Le Loews a perdu de son lustre», écrivait en novembre un voyageur. «L'heure de gloire de cet hôtel à l'architecture impressionnante est terminée», écrivait un autre.
La responsable des relations clients les a remerciés d'avoir écrit en ajoutant ces pieux mensonges: «Nous sommes heureux de vous annoncer que plusieurs projets d'améliorations sont prévus pour un futur très rapproché... Nous travaillons présentement à créer un nouveau modèle de service encore plus efficace...»
On connaît la suite.
S'il n'en tient qu'au propriétaire, l'hôtel sera vendu et transformé en résidence pour personnes âgées autonomes.
Né dans la controverse du virage vers la modernité, au début des années 70, l'hôtel risque de partir aussi dans la controverse.
Le changement de vocation déçoit. L'hôtel répondait à l'époque à un besoin d'hôtellerie haut de gamme. Ce besoin est toujours là. S'il n'est pas comblé au Concorde, ce sera ailleurs. Peut-être en face, dans l'ancienne église Saint-Coeur de Marie ou au bassin Louise.
Aime ou pas son esthétique, Le Concorde est une des signatures architecturales de Québec et le témoin d'une époque importante.
Aux amis et connaissances qui visitent la ville pour la première fois et me demandent conseil, je parle toujours de deux incontournables, outre le Vieux-Québec: le restaurant tournant du Concorde, peu importe l'heure, et le traversier Québec-Lévis, pour les lumières de nuit ou les glaces de l'hiver.
Ce restaurant tournant appartient au patrimoine de Québec. Il est un des arguments de vente de la ville et contribue à sa qualité de vie.
L'Observatoire du G offre aussi des vues imprenables sur la ville, le fleuve et les montagnes, mais rien de comparable au plaisir d'un tour de ville en se laissant conduire.
Le restaurant tournant doit rester accessible au public. Si ce n'est pas la Ville de Québec qui le protège, peut-être le ministère de la Culture.
Un changement de zonage est requis pour transformer l'hôtel; ça donne une poignée pour négocier la survie du restaurant.
Pour le reste, je pense moi aussi qu'un gros hôtel est à l'usage idéal dans le voisinage du night life de la Grande Allée.
Je peux comprendre l'intérêt d'affaires des tenanciers de bar, de resto ou de discothèque qui voudraient garder l'hôtel.
Cela dit, ce ne serait pas un drame si les chambres devaient être transformées en logements. Ce sont d'autres types de commerces de proximité qui en profiteraient.
*****
L'une des conditions de réussite d'un centre-ville est qu'il soit habité.
Il serait incohérent qu'une ville qui se bat pour empêcher la transformation des logements du Vieux-Québec en hôtellerie empêche 750 mètres plus loin qu'un hôtel soit transformé en logements.
Il est une aberration de prétendre que les personnes âgées ne sont pas à leur place sur Grande Allée.
Le quartier fourmille déjà de grandes conciergeries et immeubles à condos avec une moyenne d'âge élevée.
Les citoyens qui s'y sont établis connaissaient le contexte. Ils recherchaient l'animation de la ville ou avaient un seuil de tolérance élevé.
Ils seraient malvenus de se plaindre des bruits de la Grande Allée après avoir choisi d'y vivre.