Julie Pronovost et Charles Drouin (à droite) avec leurs enfants Justine et Émile, et leur partenaire d'affaires, Alexandre Paré.

Un modèle de transfert innovant

La question de la relève dans la production laitière devient un enjeu particulièrement sensible en ces temps de lait diafiltré et de chute des prix. Moins d'un an après leur acquisition, en juillet 2015, les trois partenaires de la Ferme A. Paré de Compton peuvent heureusement tirer leur épingle du jeu grâce à un modèle de gestion d'entreprise innovant et des installations ultra performantes.
Charles Drouin a grandi sur une ferme laitière de Wotton. Au moment d'envisager de s'établir en agriculture après sa formation à l'Institut de technologie agroalimentaire (ITA), alors que son frère prenait la relève de la ferme familiale, il est devenu ce qu'on appelle dans le jargon une potentielle «relève non apparentée», un spécimen que l'on rencontre de plus en plus souvent en agriculture.
«On a démarré en location, de 2007 à 2015. La ferme était trop petite pour supporter deux salaires et nous étions rendus limités pour prendre de l'expansion en raison de la taille des bâtiments. On a commencé à chercher intensivement vers 2013.»
Charles Drouin et sa conjointe Julie Pronovost ont d'abord fait appel au service Banque de terres avant de se faire proposer un partenariat par la conseillère en transfert de fermes du ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation du Québec (MAPAQ) en Estrie, Yolande Lemire. Celle-ci les a dirigés vers Robert Paré et son fils Alexandre, qui venaient d'investir dans la construction d'une étable complètement robotisée en stabulation libre, et souhaitaient voir l'entreprise se développer.
«La ferme est deux fois plus grande que la ferme typique. Alexandre trouvait que c'était beaucoup de responsabilités. Il cherchait un partenaire pour s'occuper du troupeau pour se concentrer davantage sur la machinerie», explique Charles Drouin. Julie Pronovost a quant à elle contribué au trio grâce à sa formation de comptable. Depuis janvier, elle a repris les rênes de l'administration de la ferme.
«On est une bonne équipe, on se complète bien. Le potentiel du bâtiment était immense et il n'était pas pleinement exploité. Avec nos façons de faire, on a gagné beaucoup en termes de performance, ça ne fait même pas un an et les résultats sont au-dessus de nos attentes.»
Performer, une nécessité
Aujourd'hui, le troupeau compte 80 vaches et la ferme A. Paré se classe parmi les plus performantes.
Selon Charles Drouin, une bonne performance n'est plus un choix, mais une nécessité. «Avec le lait diafiltré et la chute du prix du lait, ça met énormément de pression sur une jeune entreprise comme la nôtre.»
De meilleurs incitatifs fiscaux
pour faciliter les transferts
De meilleurs incitatifs fiscaux pour faciliter les transfert

Charles Drouin estime que le contexte difficile en agriculture exige des incitatifs pour favoriser l'établissement de la relève. «Le gouvernement devrait faciliter les transferts de ferme pour la relève non apparentée avec de meilleurs incitatifs fiscaux. Il y en a de la relève, mais c'est plus délicat à gérer aujourd'hui, on a de gros défis.»
Les trois partenaires ont pu compter sur le support de services-conseils en partie subventionnés pour concrétiser le transfert de la ferme, l'opération ayant nécessité pas moins de sept intervenants. Comptable, fiscaliste, notaire, conseillère en transfert de ferme, conseillers en gestion et conseillers techniques ont apporté leur contribution au projet, mais c'est la famille Paré qui a joué le rôle le plus important. «Ce sont eux qui ont voulu nous accueillir, ça a été la pièce maîtresse de la réussite du projet.»