Un milan à queue fourchue près de chez nous?

Observer un milan à queue fourchue à Saint-Jean-Port-Joli, est-ce Dieu possible?
Jean-Louis Caron, qui demeure près du fleuve dans ce magnifique petit village reconnu pour ses artistes et ses artisans, aime bien observer les oiseaux, les oiseaux de proie en particulier. Il n'est pas un expert, mais il sait quand même faire la différence entre plusieurs espèces de rapace.
Le 2 novembre, un oiseau bien particulier a attiré son attention. À deux reprises, l'oiseau a plongé vers le sol et est remonté vers le ciel, tout ça à une centaine de mètres de notre observateur. C'était un oiseau que M. Caron n'avait jamais observé auparavant. Il était tout de noir et de blanc vêtu. C'est la seule fois qu'il a vu l'oiseau.
Il s'est alors empressé de consulter sa fille, qui a de meilleures connaissances que lui en ornithologie. À partir de la description qu'il lui en a faite, la seule conclusion qui s'imposait était que l'oiseau était un milan à queue fourchue.
Les sceptiques diront : impossible, cet oiseau ne vit que dans le sud-est des États-Unis pour l'espèce originale et au sud du Mexique et en Amérique du Sud pour une sous-espèce qu'on appelle yetapa.
Il est vrai que les chances sont extrêmement faibles de retrouver un tel oiseau aussi au nord que Saint-Jean-Port-Joli, mais c'est loin d'être impossible. Il arrive souvent que, lors d'ouragans, des oiseaux soient transportés à des milliers de kilomètres de leur territoire habituel. Et si on se rappelle bien, nos régions ont été récemment balayées par des vents extrêmement violents au mois d'octobre. Ne pensons qu'à Irène, qui a provoqué des rafales qui dépassaient les 100 km/h. Peu de temps après, un autre ouragan, Rina, a favorisé des vents du même type.
Il est donc fort possible que ces tempêtes provenant du sud aient pu charrier un milan à queue fourchue jusque dans nos régions.
Le nom officiel de cet oiseau est le milan à queue fourchue, mais on le nomme aussi milan américain à queue d'hirondelle ou naucler martinet. Il a une taille qui atteint au plus 62 cm et son envergure d'ailes est d'environ 136 cm. Il pèse généralement entre 370 et 600 g.
Ses longues ailes sont pointues et sa queue, comme son nom l'indique, est fourchue. L'adulte a la tête et la partie inférieure du corps blanches. Son dos, ses ailes et sa queue sont noirs. Chez la sous-espèce yetapa, les parties noires sont remplacées par des parties vertes.
Le régime alimentaire de ce milan est principalement fait de gros insectes, de grenouilles, d'oeufs, d'oisillons, de reptiles, de larves de guêpes et de fruits. C'est un oiseau qui s'abreuve en vol en volant en rase-mottes au-dessus de l'eau, un peu comme le font les hirondelles.
Il y a trois autres espèces de milan qui vivent à peu près dans les mêmes territoires que le milan à queue fourchue. Ce sont le milan du Mississippi, le milan bec-en-croc et le milan des marais.
Un nouveau livre
André Dion, cet homme vénérable qui a maintenant atteint 90 ans, connu et reconnu dans le monde de l'ornithologie, vient de lancer un autre livre, Napoléon-Alexandre Comeau au Smithsonian. L'ornithologue derrière la légende.
Cet homme, qui a vécu sur la Côte-Nord à la fin du XIXe et au début du XXe siècle, était un ornithologue reconnu aux États-Unis, mais presque totalement inconnu au Québec. En écrivant son livre, André Dion, en collaboration avec sa femme France Dumas Dion, a voulu réhabiliter la mémoire de cet homme qui durant plus de 40 ans a annoté tous les oiseaux qui passaient dans son coin de pays.
Pour nous faire découvrir cet ornithologue de renom, André Dion se cache sous les traits du coryphée, ce chef des choeurs qu'on retrouve dans la tragédie grecque. Le coryphée se campait au milieu de la scène et, en plus de diriger les choeurs, il dialoguait avec les divers personnages.
Une liste de 208 oiseaux
En 1909, M. Comeau publiait en anglais une liste de 208 oiseaux qui fréquentaient la Côte-Nord. Cette liste a finalement été traduite en français en 1945. Dans cette fameuse liste annotée, on retrouve la ptarmigan ou, si vous préférez, le lagopède des saules, qui selon M. Dion était l'oiseau fétiche de M. Comeau. On note également le traquet motteux.
En 1911, il fait part dans une revue américaine, Wild and Stream, de l'observation de la tourte par le gardien du phare de Pointe-des-Monts. C'est probablement la dernière observation à l'état sauvage de cet oiseau maintenant disparu, précise l'auteur.
Le souvenir que Napoléon-Alexandre Comeau a laissé est surtout celui d'un pêcheur et d'un chasseur. Maintenant, grâce au livre de M. Dion, on sait qu'il était un pionnier de l'ornithologie au Québec.
Maintenant, les pendules sont remis à l'heure. 
On peut se procurer le livre de M. Dion en ligne en se rendant sur www.fondationdesdion.com. Il est en vente à 30 $ plus les frais de poste, à 13,48 $.
ANDRÉ DION, en collaboration avec FRANCE DUMAS DION, Napoléon-Alexandre Comeau au Smithsonian. L'ornithologue derrière la légende, Fondation France et André Dion, 184 pages