Un incendie sème la désolation au coeur de Limoilou

«C'est plus décourageant qu'autre chose.» Devant les ruines de son commerce ravagé par les flammes mercredi soir, le propriétaire de Fourrures Falardeau dans Limoilou ne savait trop encore si l'entreprise familiale fondée en 1938 renaîtra de ses cendres.
<p>Ce qu'il restait de l'immeuble après l'incendie</p>
<p>«J'y crois pas encore», a lancé le propriétaire de Fourrures Falardeau, Christian Falardeau, au lendemain du sinistre, à la vue des restes de ce qui était encore la veille un immeuble de trois étages.</p>
Comme l'avaient fait avant lui son grand-père, Roméo, et son père, Jules, Christian Falardeau tenait les rênes de l'entreprise de vente, de confection, de réparation et d'entreposage de fourrures.
«J'y crois pas encore», lançait-il au lendemain du sinistre, à la vue des restes de ce qui était encore la veille un immeuble de trois étages, abritant un commerce et huit logements. «J'ai 52 ans, c'est encore trop jeune pour prendre sa retraite», lance à la blague M. Falardeau. 
S'il décide de ne pas faire de relance, il mettra un terme à 75 ans d'histoire dans le quartier. Autrefois située à l'angle de la 4e Avenue et de la 5e Rue, l'entreprise avait aménagé à son adresse actuelle en 1989. 
«Il y a de la relève. Certains de mes employés voulaient reprendre la business plus tard», signale-t-il, visiblement déçu de la tournure des événements. Fourrures Falardeau employait cinq personnes, dont trois à temps plein.
Cet incendie survient à un moment où le marché, quoique parfois difficile, connaissait un regain cette saison. «On sentait que les températures froides et l'hiver hâtif ont eu un impact positif. Les jeunes aussi semblent avoir une attirance accrue pour la fourrure.»
Malgré la tragédie, le propriétaire avait une pensée pour ses locataires. «Je ne sais pas quelle forme ça prendra, mais j'aimerais ça leur venir en aide. Certains n'avaient pas d'assurances. Et au moins deux étaient des amis parce qu'ils habitaient l'immeuble depuis longtemps», confie-t-il.
Le bâtiment de 1913 est évalué à 435 000 $. Les pertes sont évidemment plus élevées, tenant compte des biens des locataires et du commerce.
Intensité rare
Il y a un trou depuis jeudi sur la principale artère commerciale de Limoilou avec la disparition du 699, de la 3e Avenue, à l'angle de la 7e Rue. Le feu a pris possiblement naissance au sous-sol de l'immeuble mercredi vers 19h30. Vers 23h, les pompiers ont pris la décision de le mettre à terre avec une pelle mécanique, voyant qu'il était impossible de le sauver des flammes.
Selon Jean-François Daigle, du service des incendies, c'est un feu d'une intensité que les pompiers combattent rarement dans une année. Il faut remonter au printemps 2013, rue Bouchette, dans Limoilou, pour en constater un de cette ampleur. «On s'en souvient. Dans la dernière année, il n'y en a pas eu des comme ça», lance-t-il. Au total, une soixantaine de pompiers ont lutté contre le brasier. À leur arrivée, il semblait provenir du sous-sol. Les enquêteurs tenteront d'en connaître l'origine exacte. Des huit logements, sept étaient occupés. Au total, une quarantaine de personnes ont été évacuées en comptant les immeubles voisins. Plusieurs ont été pris en charge par la Croix-Rouge. Quatre locataires ont été secourus après être restés prisonniers de leur balcon. Heureusement, personne n'a été blessé.
«J'ai senti la chaleur»
Michel Simon, de son nom d'artiste, est ébéniste. Il est un des locataires qui a tout perdu dans l'incendie de mercredi. «J'ai senti la boucane et je me suis demandé si j'avais mis quelque chose dans le four. J'ai ouvert la porte et j'ai senti la chaleur. J'ai dit : "Tabarnac", raconte-t-il. J'ai mis un jacket, j'ai pris mon ordinateur et je suis sorti. Il y avait de la fumée partout.»
Celui qui a emménagé dans la capitale il y a seulement cinq mois a perdu des milliers de dollars en oeuvres. Il travaille le bois flotté. Comme cela arrive trop souvent, il n'avait pas d'assurances. «Je suis dans la merde. J'ai 60 $ dans mes poches, je n'ai plus rien et je me cherche un logement», confie-t-il lorsque rencontré sur les lieux du sinistre. La Croix-Rouge offre l'aide de subsistance pendant trois jours, mais après, il devra se trouver un endroit où vivre à long terme.