«C'est un double défi. Réaliser à la fois quelque chose que les fanatiques de La guerre des tuques vont aimer, et quelque chose de frais et de nouveau pour tous ceux qui ne l'ont jamais vu», dit Philippe Arseneau Bussières, directeur artistique de la nouvelle animation 3D de La guerre des tuques.

Un illustrateur de St-Antoine-de-Tilly pour La Guerre des tuques en 3D

Philippe Arseneau Bussières est virtuellement passé d'un hiver à l'autre! Il a en effet transité de la direction artistique de La légende de Sarila à celle de la nouvelle version en animation 3D de La guerre des tuques. L'illustrateur de Saint-Antoine-de-Tilly était «emballé» puisqu'il a vu le classique des Contes pour tous «à maintes reprises».
<p>«C'est un double défi. Réaliser à la fois quelque chose que les fanatiques de La guerre des tuques vont aimer, et quelque chose de frais et de nouveau pour tous ceux qui ne l'ont jamais vu», dit Philippe Arseneau Bussières, directeur artistique de la nouvelle animation 3D de <em>La guerre des tuques.</em></p>
<p>Le nouveau personnage de Lucie</p>
La productrice Marie-Claude Beauchamp «m'a approché alors que je travaillais sur Sarila. Le projet était à ses tout débuts. J'ai fait un premier jet des personnages principaux», explique Philippe Arseneau Bussières. Après quelques mois, «j'ai rebrassé tout ça» avec Jean-François Pouliot.
Il s'est volontiers replongé dans l'univers de Luc, de François «les lunettes», de Sophie, de Cléo et compagnie.
«Les réalisateurs [Jean-François Pouliot et François Brisson] sont plus vieux. Moi, je suis de la génération de La guerre... Ils n'ont pas le même attachement que moi au film. Je participais souvent aux discussions pour m'assurer que les phrases-clés et les scènes chocs soient respectées. Je suis le chien de garde de l'original», dit en riant l'homme de 39 ans.
Vrai que le long métrage perdrait toute sa saveur sans des répliques comme «la guerre, la guerre, c'est pas une raison pour se faire mal»!
Cette orthodoxie est toutefois devenue plus pesante lorsqu'il s'est mis au travail, en août. Son premier réflexe a été de se coller aux personnages originaux. Mais le moindre petit détail différent devenait «dérangeant».
«On a alors décidé de garder l'essence des personnages et de travailler sur la forme pour éviter les comparaisons.» Chabot a été ainsi associé à une porte de réfrigérateur; Ti-Guy La Lune à un ballon à l'hélium; la petite Lucie à une toupie; etc. Cette dernière «ne ressemble pas du tout [à l'originale du film], mais on reconnaît son caractère».
Illustrateur avant tout
Philippe Arseneau Bussières doit aussi composer avec le passage du dessin 2D «où on peut toujours tricher un peu» à l'animation 3D «qui est plus proche de la sculpture». Bien qu'il ait travaillé trois ans pour Ubisoft et qu'il a une certaine expérience dans le domaine, il se définit d'abord comme un illustrateur (Fil et Julie).
L'essentiel de la galerie de personnages est maintenant terminé... à l'exception des personnages principaux qui lui donnent plus de fil à retordre en raison «de leur dualité». Luc, par exemple, «est un petit baveux, mais il faut qu'on sente sa fragilité». Même chose pour la fameuse Cléo «qui doit être attachante mais reste un chien à l'article de la mort».
Pas évident de dessiner des personnages qui ont marqué autant son imaginaire et celui de bien des Québécois. Philippe Arseneau Bussières avoue qu'il était fébrile avant de rencontrer Roch Demers, le producteur de La guerre des tuques. Heureusement, «il a reconnu chacun des personnages».
Comme directeur artistique, son travail ne se limite pas aux protagonistes. Il doit aussi veiller aux décors, à la palette de couleurs, aux ambiances...
«Jean-François [Pouliot] a une idée assez précise de ce qu'il recherche.» Ils ont ainsi déterminé que l'hiver devrait avoir une ambiance plus «feutrée à la Jean  Lemieux» que crue et froide comme en janvier. «C'est vers là qu'on veut aller.»
L'illustrateur estime qu'il en aura encore jusqu'à la fin de l'été à travailler à temps plein sur le projet auquel participera une équipe d'animation d'environ 75 personnes. Il interviendra ensuite ponctuellement sur le projet jusqu'à la sortie du film.
Jorane et Éloi Painchaud signeront la nouvelle bande sonore qui bénéficiera de quatre nouvelles chansons, mais une place de choix sera réservée à la chanson-thème L'amour a pris son temps (interprétée en 1984 par Nathalie Simard).
«C'est un double défi. Réaliser à la fois quelque chose que les fanatiques de La guerre des tuques vont aimer, et quelque chose de frais et de nouveau pour tous ceux qui ne l'ont jamais vu», a expliqué à ce propos Jean-François Pouliot lors du dévoilement du projet.