Avec ses quelque 3,5 tonnes de riz doré répandues sur scène, Songs of Wanderers a réussi à susciter l'émerveillement.

Un danseur de Cloud Gate prend feu au GTQ

Le spectacle de la troupe taïwanaise Cloud Gate présenté mardi soir à la salle Louis-Fréchette a pris une tournure imprévue lorsqu'au milieu du numéro intitulé Le rite du feu, l'un des danseurs s'est transformé en torche humaine sous les yeux des spectateurs.
Il y a eu plus de peur que de mal, heureusement. L'artiste de 24 ans a été rapidement évacué par les ambulanciers et conduit à l'hôpital de façon préventive. Il s'en tire avec des cheveux et des sourcils brûlés et en sera quitte pour une bonne frousse.
La représentation était commencée depuis près d'une heure lorsque l'incident s'est produit. On en était au Rite du feu, un numéro où l'on voit cinq danseurs traverser la scène en portant de grandes vasques flamboyantes avant de poser celles-ci en équilibre sur la tête de leur partenaire. L'une de ces vasques a glissé et s'est fracassée au sol. Son contenu a alors aspergé la chevelure de l'un des danseurs. Celui-ci s'est levé d'un bond puis a couru vers les coulisses, la tête transformée en flambeau.
Avec des gestes d'une grâce parfaite, une danseuse s'est ensuite occupée d'éteindre les flammes qui continuaient à lécher la scène à l'aide d'une sorte de toile. Apparemment, elle en avait l'habitude. Dans la salle, le public est resté calme. Le spectacle s'est poursuivi sans interruption pendant une quinzaine de minutes, mais dans une drôle d'ambiance. On n'avait plus vraiment le coeur à la contemplation méditative.
Il faut tout de même dire qu'avec ses quelque 3,5 tonnes de riz doré répandues sur scène, Songs of Wanderers a réussi à susciter l'émerveillement. D'abord, l'idée du temps est suggérée par un filet de riz qui s'échappe du plafond et qui s'écoule de façon continue sur la tête d'un personnage se tenant parfaitement immobile, les mains jointes, côté jardin. On dirait un sablier vivant. La vision est aussi originale que forte.
Par ailleurs, si chaque grain permet de mesurer l'écoulement du temps, la mer de riz qui recouvre la scène suggère, elle, l'idée de l'infini et de l'éternité.
Une vingtaine de danseurs évoluent dans ce qui ressemble à un espace lunaire. On note la noblesse du mouvement et la qualité irréprochable du maintien.
Après les applaudissements, le spectacle se prolonge dans une sorte d'épilogue surprise. Très lentement, à l'aide d'un râteau, un danseur dessine dans les grains de riz une grande spirale. Manière de nous dire, sans doute, que d'une oeuvre éphémère peut parfois jaillir l'idée de l'infinie perfection.
Cloud Gate Dance Theatre of Taiwan. Sons of the Wanderers. Chorégraphe: Lin Hwai-min. Mardi soir à la salle Louis-Fréchette.  
Avec Matthieu Boivin