Un coup de maîtres

Québec a renoncé au projet de Jeux mondiaux universitaires qu'elle a remplacé par celui de Jeux olympiques d'hiver jeunesse, qui fut à son tour sur la glace, la Ville n'étant plus certaine de les vouloir.
La Vieille Capitale se tourne à la place vers les World Masters Games d'hiver, une rencontre d'anciens athlètes professionnels et amateurs à la retraite ou en déclin.
Il peut à première vue sembler paradoxal qu'une ville vieillissante qui cherche à attirer des jeunes et à rajeunir son image s'intéresse ainsi à des jeux pour les 50 ans, presque «l'âge d'or». Un village des athlètes au Concorde avec ça?
La réalité est que les World Masters Games, ou Jeux mondiaux des maîtres, ont peu à voir avec le sport d'élite ou le sport-spectacle et tout avec le tourisme et l'économie.
La présence d'anciens champions pourrait piquer l'intérêt des médias locaux, mais ce qu'on retient, c'est que c'est d'abord une excellente occasion d'affaires à une période creuse de l'année, tout juste avant le Carnaval.
Les Jeux mondiaux des maîtres se comparent dans la forme et dans l'esprit aux Jeux mondiaux des policiers et pompiers tenus à Québec en 2005. Des jeux pour les participants et non pour le public ou la télé. Des jeux sans prétention sportive dont certaines épreuves (fléchettes, billard, etc.) avaient suscité étonnement et amusement.
Mais une industrie touristique ne lève pas le nez sur plus de 8000 participants, la plupart de l'extérieur.
Prévus sur neuf jours, les Jeux mondiaux des maîtres 2015 pourraient rapporter jusqu'à 10 millions $ en argent frais dans la région. L'ampleur des retombées dépendra bien sûr du nombre de participants et accompagnateurs.
Il y en avait eu 2800 pendant six jours lors de la première édition des Jeux à Bled, en Slovénie en 2010. La région de Turin-Sestrières en Italie en attendait plus de 6200 en 2015, mais elle a renoncé aux Jeux pour des raisons économiques.
À moins d'un an d'avis, Québec frappe donc en relève. Les tractations ont eu lieu en marge des Congrès SportAccord.
J'avoue être un peu intrigué. Comment un même événement peut-il être perdant en Italie et payant pour Québec?
On pourrait comprendre s'il y avait, dans un cas, des infrastructures à construire et pas dans l'autre. Mais personne ne construit d'infrastructures pour des Jeux des maîtres. Turin-Sestrières avait déjà des installations olympiques et Québec aura ce qu'il faut.
La seule explication est que Québec a «négocié une vente de feu» avec l'organisation des Masters, mal pris avec le désistement de l'Italie. Québec ne paie pratiquement pas de droits pour les Jeux 2015. Il en sera autrement pour la suite, prévient Pierre-Michel Bouchard, pdg du Centre des congrès.
M. Bouchard pousse d'ailleurs l'idée de Jeux des maîtres en alternance à Québec et ailleurs. Le contrat signé hier prévoit d'ailleurs la tenue d'une seconde édition à Québec, l'année restant à préciser. Ce ne sera pas nécessairement 2019.
À la différence de Jeux olympiques, d'Universiades ou de Championnats du monde, il n'y a pas de cahier de charge ni de compétitions obligatoires dans les Jeux des maîtres. Les villes proposent ce qu'elles veulent en fonction des équipements qu'elles ont déjà. Elles doivent simplement faire accepter leur projet.
Ces Jeux n'impliquent pas non plus d'investissements dans les infrastructures urbaines ou de transport, ni de dépenses astronomiques en sécurité. Rien de ce qui rend aujourd'hui les grands rendez-vous de sport prohibitifs.
Évidemment, les Jeux mondiaux des maîtres n'ont pas la visibilité, l'impact ou les retombées de ces grands rendez-vous. Il y a cependant un aspect stratégique intéressant. Presque tous les membres du C. A. des Masters Games sont aussi des membres du CIO. Québec leur rend aujourd'hui service en sauvant les Jeux des maîtres. Ça peut certainement servir un jour.