L'intérêt des analystes-enquêteurs du commissaire de l'UPAC, Robert Lafrenière, portait sur le renvoi en janvier de la greffière Caroline Nadeau, qui prétend avoir été congédiée en guise de représailles.

Un congédiement amène l'UPAC à l'hôtel de ville de Saint-Augustin

L'Unité permanente anticollusion (UPAC) a mené une perquisition mardi à l'hôtel de ville de Saint-Augustin-de-Desmaures concernant le congédiement en janvier de la greffière, Me Caroline Nadeau. Une histoire en lien avec la dénonciation en juin de présumées malversations dans l'octroi de contrats municipaux.
Le maire Marcel Corriveau s'est dit surpris de voir débarquer l'UPAC en matinée, a-t-il confié aux médias, mardi en début d'après-midi, à sa sortie de l'hôtel de ville. Il croyait que les enquêteurs venaient vérifier les livres de la municipalité comme il les avait invités à le faire lors de la dernière campagne.
L'intérêt des analystes-enquêteurs du commissaire de l'UPAC, Robert Lafrenière, portait sur le congédiement de Me Nadeau. Cette dernière prétend avoir été congédiée en guise de représailles, a-t-il expliqué brièvement. L'UPAC a reçu une plainte à ce sujet. Les enquêteurs sont intervenus en vertu d'un article de la Loi concernant la lutte contre la corruption qui spécifie qu'«il est interdit d'exercer des mesures de représailles contre une personne qui fait une dénonciation ou contre celle qui collabore à une vérification ou à une enquête concernant un acte répréhensible [...]».
Pourtant, M. Corriveau réitère plutôt que le congédiement de la greffière découle d'un manque de collaboration de sa part et que l'opération de l'UPAC n'est pas en lien avec de la «corruption ou de la collusion». «Nous lui avons posé des questions auxquelles nous n'avons pas eu de réponse», a raconté le maire, sans vouloir divulguer la nature des réponses qu'il comptait obtenir.
Le Soleil a appris que cette histoire de congédiement tire son origine d'une dénonciation faite en juin 2013 à l'UPAC par un ex-employé de la Ville, Jean-Claude Desroches, qui a remis en question l'octroi sans appel d'offres d'un contrat à la firme d'ingénieurs Génio. Une firme qui a contribué financièrement à la campagne du maire Marcel Corriveau en 1997. À l'époque, M. Desroches avait aussi parlé de la situation à la greffière.
Sortie médiatique
L'été dernier, M. Desroches avait effectué une sortie dans les médias pour dénoncer l'octroi de ce contrat et les présumés gestes de malversation qui hanteraient l'appareil municipal de Saint-Augustin-de-Desmaures. Depuis cette dénonciation, le maire Corriveau et le directeur général de la Ville, Jean-Pierre Roy, poursuivent M. Desroches pour diffamation. Une poursuite est aussi entamée au nom de la Ville.
La liste des événements qui ont mené au congédiement de Me Nadeau aurait pris naissance en marge de cette sortie médiatique. La haute direction de la Ville aurait eu des raisons de croire que l'avocate aurait pu appuyer M. Desroches dans ses démarches et qu'elle aurait pu aussi lui fournir des renseignements sur le fameux contrat de Génio.
Le maire et M. Roy auraient voulu connaître l'implication présumée de Me Nadeau dans le coup de gueule de M. Desroches, mais elle aurait toujours refusé de collaborer. Pour la haute direction de la municipalité, le comportement de Me Nadeau devenait ainsi de l'insubordination, ce qui aurait mené à son congédiement.
Ces renseignements sont corroborés en partie par des documents déposés par Mme Nadeau à la Commission des relations du travail (CRT) pour contester son congédiement et dont Le Soleil a obtenu copie. Elle y explique que le dg voulait lui faire remplir un questionnaire qui «porte sur des allégations contenues dans des poursuites intentées». «À ma grande surprise, mon employeur m'accuse de manque de loyauté pour des propos rapportés» dans lesdites poursuites, explique l'ex-greffière.
Elle a eu beau réitérer sa loyauté, son employeur lui a imposé des suspensions sans solde, puis le conseil municipal a entériné son congédiement. Dans les documents consultés, Mme Nadeau considère que le dossier des poursuites ne la regarde pas et que les allégations de son employeur n'étaient pas fondées.
Le Soleil a tenté de parler avec Me Nadeau mardi soir, mais elle ne nous a pas rappelés. 
Citoyens inquiets
Sylvie Asselin a brigué la mairie à titre d'indépendante à l'automne. Celle qui diffuse de l'actualité politique sur sa page Facebook s'inquiète de ce qui se passe à la Ville. «Selon moi, y'a jamais de fumée sans feu. J'ai jamais vu l'UPAC débarquer à quelque part pour rien. Je me questionne et avec tout ce qu'on entend...» lance-t-elle, visiblement prudente dans ses propos par crainte d'une poursuite. Elle dit s'être fait servir un avertissement lors du dernier conseil à cause de propos publiés sur le Web.
Marcel Desroches, frère de Jean-Claude Desroches, poursuivi par la Ville, se disait «content» de la présence de l'UPAC. «On commençait à désespérer», lance-t-il, mi-figue mi-raisin. C'est qu'il tente d'obtenir des réponses depuis plusieurs mois sur de nombreux dossiers. Il est très critique de l'administration du maire. «Je ne peux pas dire s'il a des choses à se reprocher, sauf peut-être de ne pas avoir pris le contrôle de l'hôtel de ville. C'est lui le vrai boss, c'est pas le dg», laisse-t-il entendre.
En février, Le Soleil écrivait que rien n'allait plus au service juridique de la Ville. Après le congédiement de la greffière, il y a eu les démissions de l'aide-greffière et de l'avocate de la municipalité. La secrétaire et la technicienne juridique, les deux dernières employées du service, sont ensuite parties en congé de maladie.
Durant la même période, le directeur des communications, Frédérick Masson, quittait son poste et la directrice des ressources humaines est en congé de maladie depuis plus d'un mois.
Avec la collaboration de Stéphanie Martin