Un champion à la maison

Parti discrètement le 5 novembre pour un autre long séjour en Europe, Alex Harvey est rentré au bercail avec toute l'attention portée à un champion du monde, dimanche, après une longue envolée à partir d'Oslo. Et malgré le message qu'il a lancé haut et fort en remportant le 50 km, à Lahti, le fondeur de 28 ans de Saint-Ferréol-les-Neiges n'a pas dit son dernier mot.
Médaille d'or au cou, sourire au visage, Harvey a retrouvé famille et amis - notamment ceux de la Fondation Laura Lémerveil - venus à sa rencontre à l'aéroport international Jean-Lesage.
Et même s'il traçait le bilan de sa «meilleure saison», il avait déjà la tête aux finales de la Coupe du monde présentées sur les plaines d'Abraham, vendredi, samedi et dimanche.
«Avec ça autour du cou, c'est mission accomplie. Et en plus, j'ai réussi à monter au troisième rang du classement cumulatif de la Coupe du monde et j'ai vraiment l'intention d'y rester», disait-il en point de presse.
À 28 ans, Harvey est au sommet de son art. À preuve, il est rentré à la maison avec cinq présences sur les podiums du Tour de ski, de la Coupe du monde et des Championnats mondiaux. Il a été le meilleur à deux reprises, notamment à l'épreuve-reine de la discipline lors du plus important rendez-vous de la saison, en Finlande. Comment expliquer un tel succès?
«Je suis rendu à 28 ans, j'ai un bon bagage d'entraînement derrière moi et beaucoup de stabilité physique ainsi qu'au niveau de l'équipement. Sur 36 épreuves, cette saison, il n'y a qu'une journée où l'on est passé à côté. Tout était au rendez-vous, cette année, l'équipement, la forme et l'expérience», a résumé celui qui estime avoir pris la meilleure décision de sa carrière en s'associant au fabricant de skis Salomon au terme de la saison 2015-2016.
Harvey séjourne cinq mois par année en Europe depuis 2010. Et bien qu'il soit plus confortable à chaque fois, rien ne bat l'odeur de la maison, le confort de son lit, la compagnie de ses proches.
«J'ai l'habitude de passer mes hivers en Europe, j'ai mes petites oasis de détente ici et là pour rester équilibré afin de pouvoir fonctionner à plein régime chaque fin de semaine. J'avais hâte de revenir depuis qu'on a su que les finales auraient lieu à Québec. Et depuis que les Mondiaux sont passés, la pression est retombée, et là, je suis vraiment content d'être ici. Il y aura de l'ambiance, cette semaine, c'est excitant pour les amateurs, mais aussi pour les athlètes.»
Bien sûr, il sera le point de mire du sprint (vendredi), du 15 km classique en départ groupé (samedi) et de la poursuite de 15 km style libre (dimanche). «Il me reste du jus», estimait-il.
Et qu'en est-il de ses rivaux?
«Il y en a qui sont écoeurés de faire des courses, mais moi, j'aime ça à chaque fois que j'enfile un dossard, c'est pour ça que je m'entraîne à longueur d'année. Les gars sont contents de revenir, ils ont de bons souvenirs de l'ambiance, l'an passé. Ça l'air que [Sergey] Ustiugov ne vient pas, mais il avait aussi dit qu'il ne ferait pas le 50 km aux Mondiaux et il a fini deuxième, alors on verra vendredi s'il est là... Les Européens n'ont pas l'habitude de faire sept heures d'avion et de changer de continent, je pense que c'est à notre avantage.»
Et la retraite? Harvey y songe, mais rien n'est encore décidé.
«Je commence à y penser, mais je continue deux autres années, c'est certain. Après, je n'ai pas encore décidé. Ça pourrait arriver dans deux ans, mais aussi dans plus longtemps. Ça dépendra de mes résultats et de ma vie sociale. En ce moment, j'ai encore le goût de continuer.»
Beaucoup de messages
Depuis sa victoire, à Lahti, Alex Harvey reçoit des mots de félicitations d'un peu partout. Évidemment, parents, blonde, amis sont en contact quotidien avec lui. Et à l'heure des réseaux sociaux, il est facile de lui écrire. «Le 50 km, c'est une course individuelle et sur la liste des résultats, c'est ton nom qui est là, alors c'est plus gros qu'un sprint par équipe [il avait gagné l'or aux Mondiaux de 2011]. J'ai reçu beaucoup de messages au niveau international sur Instagram et Twitter. Et des fois dans des langues que je ne comprends pas...», a dit en riant celui qui n'aura pas à se faire traduire les mots d'encouragement de la foule à son endroit, en fin de semaine!
Kershaw impressionné
Dès 2009, Devon Kershaw a su qu'un champion sommeillait en Alex Harvey. À 20 ans, son cadet de six ans venait de terminer troisième d'un 50 km, à Trondheim, en Norvège. «J'étais septième et il m'avait cassé les jambes. Quand tu gagnes le bronze d'un 50 km à 20 ans, tu sais qu'il est pour vrai. Je n'ai jamais vu un fondeur aussi talentueux. Alex est l'un des plus forts au monde, autant physiquement que mentalement. Et comme il ne gagne pas toutes les fins de semaine, il y a encore de la place pour s'améliorer. Je pense qu'aux Jeux olympiques [de 2018], il pourrait obtenir des médailles dans toutes les courses» a indiqué Kershaw, qui ne pensait pas avoir l'occasion de revenir skier au pays après le Tour Canada Ski de l'an passé. Pour le nouveau papa d'Asta Isabelle, âgée de seulement six semaines, la retraite sonnera après la saison 2018.