Après avoir connu des résultats mitigés à Sotchi, Alex Harvey reviendra à Québec avec le coeur plus léger grâce à sa troisième place au classement final de la saison de la Coupe du monde.

Un baume sur la plaie olympique d'Alex Harvey

Alex Harvey n'a jamais connu une aussi bonne saison en Coupe du monde. Mais 2014 devait être SA saison olympique, SON moment de gloire à Sotchi. Il a plutôt accompli ses meilleures performances à Falun, un mois plus tard. Dimanche, sa deuxième place à la poursuite de 15 km l'a hissé au troisième rang du classement final du circuit mondial de ski de fond.
Le fondeur de 25 ans rentre à Saint-Ferréol-les-Neiges lundi soir, retrouver sa blonde, ses parents et ses soeurs, qu'il n'a pas vues depuis le début de novembre. Il ramène des valises plus lourdes de nombreux cadeaux reçus pour ses six podiums de l'hiver, dont trois victoires, en plus du deuxième rang au total des Finales de la Coupe du monde et de la troisième position au cumul de la saison. Mais il revient surtout avec le coeur plus léger.
«C'était inattendu d'obtenir un aussi bon résultat sur l'ensemble de la saison», s'est-il réjoui, dimanche, quand Le Soleil l'a joint en Suède. «J'ai eu du plaisir du début à la fin de la saison.» Et de la constance.
Sauf aux Jeux olympiques, point focal de la campagne où il n'a pas fait mieux que 12e en cinq épreuves. «Les Jeux n'effacent pas ma saison, c'est deux semaines, insiste-t-il. J'étais déçu. Je m'étais préparé quatre ans pour ça. J'allais à Sotchi pour une médaille et ça n'a pas fonctionné. Mais si c'était à refaire, je ne changerais ni ma préparation physique ni ma préparation mentale.
«Je continue à dire que la forme était là. On a eu un problème d'équipement», maintient-il, à propos de sa quinzaine russe. «Je sais qu'il y en a qui n'aiment pas entendre ça au Canada et au Québec, et ce n'est pas des excuses, mais on n'avait juste pas les skis pour se battre, c'est tout. C'est comme ça, le ski de fond!»
La chaleur exceptionnelle qui régnait alors à Sotchi a ruiné les plans olympiques des Canadiens. Outre sa réprimande aux farteurs qui a été critiquée, Harvey impute aussi une partie du blâme aux athlètes, à commencer par lui-même. «C'est nous qui testons nos skis.» Arrivés en Scandinavie, pour les dernières étapes de Coupe du monde, «on a retesté toutes nos paires de skis durant une semaine», révèle-t-il.
Il a amassé 343 de ses 766 points de classement (45 %) dans les deux dernières semaines. Avec en apogée deux podiums en trois courses aux finales de Falun, ce qui l'a mené sur l'ultime podium de la saison.
Dans sa jeune carrière, il place cet exploit sur un pied d'égalité avec son titre de champion du monde au sprint par équipe remporté en 2011 avec Devon Kershaw et sa médaille de bronze en sprint individuel des Championnats du monde de 2013.
Le respect des Européeens
Il devient le premier Québécois à réussir ce fait d'armes, lui qui avait pris le sixième rang, en 2012, comme son père Pierre, en 1988. La marque canadienne appartient à Kershaw, deuxième en 2012. Cette année, Kershaw finit 43e.
«Nous, petits Canadiens, on obtient beaucoup de respect de la part des Européens pour ça. On passe tout l'hiver en Europe et, à ce stade-ci de la saison, même des Européens sont tannés. Mais nous, on est encore affamés jusqu'à la dernière fin de semaine», fait-il valoir.
Si Harvey met maintenant la pédale douce, il ne rangera pas ses spatules avant avril. Il veut profiter de toute cette neige tombée dans les sentiers du Mont-Sainte-Anne et expérimenter du nouveau matériel. Il n'ira pas à Corner Brook, à Terre-Neuve, où viennent de commencer les championnats canadiens de ski de fond.
Une commande un peu trop grosse
Avec sa victoire de samedi au skiathlon de 30 km, Alex Harvey lançait la poursuite de 15 km de dimanche avec 26 secondes d'avance sur ses deux principaux rivaux. Le Norvégien Martin Johnsrud Sundby (photo) et le Russe Alexander Legkov n'ont mis que cinq kilomètres pour rattraper le Québécois.
«À partir de là, c'est devenu tactique», relate Harvey. Une deuxième place dans cette course lui suffisait pour dépasser le Norvégien Chris Andre Jespersen au troisième rang du classement général. Sundby skiait pour gagner, mais aussi pour protéger son compatriote Jespersen, absent hier. Legkov a sauté le premier, laissant les deux autres en découdre pour le reste du trajet. Sundby s'est finalement avéré trop fort.
«Battre le meilleur skieur au monde deux jours d'affilée, c'était beaucoup demander», a constaté Harvey, référant à sa victoire au sprint contre Sundby, la veille. Déjà assuré du championnat de la saison devant Legkov, le Norvégien de 29 ans est devenu le premier fondeur à gagner les trois tours de la saison de la Coupe du monde. Des Jeux de Sotchi, Sundby a rapporté une médaille de bronze et deux quatrièmes positions.
Une fin de semaine de 48 800 $
Pour ses performances de la fin de semaine, aux finales de la Coupe du monde, Alex Harvey encaisse 48 800 $. Pour un total de 91 800 $ sur l'ensemble de sa saison, ce qui en fait le quatrième boursier du circuit mondial cette année
Sa troisième position au classement général lui vaut une prime de 13 800 $, soit 4600 $ de plus que le quatrième rang de Chris Andre Jespersen. Celui-ci a néanmoins empilé un magot de 96 300 $ en gains de compétition depuis le 29 novembre, jour du premier des 29 départs au calendrier. Martin Johnsrud Sundby, avec 304 000 $, et Alexander Legkov, 102 300 $, se sont le plus enrichis en piste, cet hiver.
Comme le ski de fond conserve une connotation d'amateurisme au Canada, l'argent gagné par Harvey est déposé dans un compte en fiducie à son nom chez Ski de fond Canada. Même chose pour ses coéquipiers Devon Kershaw (3500 $) et Ivan Babikov (670 $). Tout ce que le skieur amasse en commandites se retrouve également dans ce compte, des chèques entre autres signés par Québecor, Cascades et hydraSense dans le cas de Harvey. Il retire ensuite ses avoirs au gré de ses besoins. En 2012, deuxième au général, Kershaw avait empoché 135 800 $.