Louis Cyr

Un auditoire pour les Jutra?

Louis Cyr a prouvé que l'engouement populaire pour le cinéma québécois est encore possible. Comme le souligne Antoine Bertrand, son interprète, le film de Daniel Roby s'est battu l'été dernier contre Iron Man, Superman et Wolverine et «il a tenu son bout». Est-ce que ce sera suffisant pour convaincre les gens d'écouter la 16e remise des prix Jutra? Et risque-t-on de revivre le scénario des trois dernières années?
<p>Une scène du film <em>Gabrielle</em> sera tournée devant vous, sous la direction de sa réalisatrice, Louise Archambault.</p>
Fait de silences éloquents et d'images magnifiques, <em>Le démantèlement</em> est une oeuvre subtile sur la transmission du patrimoine et sur le déracinement d'un homme à la croisée des chemins.
«Un bon film qui marche, c'est bon pour tout le monde. J'ose espérer [que les téléspectateurs] vont regarder la soirée pour le voir gagner», indique l'acteur format géant en entrevue au Soleil. «De toute façon, c'est plus important pour moi que les gens voient les films en salle qu'ils regardent les Jutra. Mais un n'empêche pas l'autre.»
Sauf que la soirée des Jutra se transforme souvent en raz-de-marée. Ce qui risque d'être le cas avec le nombre record de nominations, sauf erreur, de Louis Cyr : 11. Antoine Bertrand en a d'ailleurs été surpris. «Surpris, oui, mais surtout fier pour l'équipe. Ce n'était pas un film facile à faire. Je suis content que ce soit reconnu.»
Il est tout de même ironique qu'une soirée censée célébrer la diversité de notre cinéma ait décerné pratiquement tous ses prix à Incendies, à Monsieur Lazhar et à Rebelle ces trois dernières années - chacun a complété le tour du chapeau des prix les plus prestigieux : film, réalisation et scénario. Peut-on s'attendre au même scénario, dimanche, avec Louis Cyr? À moins que Gabrielle et ses neuf nominations viennent brouiller les cartes.
En 2011, Incendies (Denis Villeneuve) a remporté neuf prix; en 2012, Monsieur Lazhar (Philippe Falardeau) sept Jutra et, en 2013, Rebelle (Kim Nguyen), huit statuettes. La différence, cette fois, c'est que Louis Cyr ni Gabrielle, d'ailleurs, n'étaient en nomination pour le meilleur film en langue étrangère aux Oscars.
Antoine Bertrand se trouve évidemment en compétition pour le Jutra du meilleur acteur pour son interprétation de «l'homme le plus fort du monde». Après avoir vu le tableau des nominations, «pour moi, c'était déjà une victoire. Juste avoir mon nom à côté de ceux de Gabriel Arcand et de Marcel Sabourin, c'est très cool. Bien sûr que ça va me tenter de gagner. S'ils gagnent, je ne les enfargerai pas dans l'allée [rires]. J'ai déjà gagné beaucoup, dont le 60 livres de graisse que j'ai laissé derrière moi [en m'entraînant]. C'est ça, mon Jutra.»
<p>Assistance en salle</p>
Louis Cyr meilleur film?
Avec presque 500 000 entrées, et plusieurs bonnes critiques, Louis Cyr va soulever le Jutra du meilleur film. Les votants devraient alors confier la statuette de Gabrielle à la réalisation à Louise Archambault (malgré des lacunes) ainsi que celle du meilleur scénario.
D'autant que Gabrielle Marion-Rivard n'est pas en nomination pour la meilleure actrice dans le rôle-titre. Alors qu'elle a gagné le prix de la meilleure actrice canadienne aux prix Écrans...
Évidemment, chaque année, on fait le compte des oublis, certains plus flagrants que d'autres : Sarah préfère la course de Chloé Robichaud ou Amsterdam de Stefan Miljevic alors que d'obscurs films font partie des mises en nomination. Obscur dans le sens où ils n'ont pas été vus (en salle) et n'évoquent absolument rien pour la moyenne des ours. Catimini (4305 spectateurs) et Diego Star (1160), par exemple, qui sont nommés pour le meilleur film.
Bon, on ne reprendra pas ici l'éternel débat entre les films que le peuple appelle de son désir selon Vincent Guzzo et les longs métrages destinés aux festivals internationaux. Pour paraphraser Jimi Hendrix, il n'y a pas de bonnes ou de mauvaises catégories, seulement de bons ou de mauvais films. Dont certains de ces derniers sont tout de même en nomination aux Jutra.
Je l'ai déjà écrit, et d'autres l'ont soulevé récemment, dont Denis Villeneuve. Et la production de cette année ne fait pas exception : plusieurs de nos longs métrages reposent sur un scénario bancal, avec de faibles ressorts dramatiques. On pourrait aussi évoquer une direction d'acteurs approximative, qui semblent trop souvent laissés à eux-mêmes, et une esthétique peu développée.
Alors, comment ces films se retrouvent-ils là? Au premier tour, les finalistes sont choisis par des jurys de pairs constitués de 25 membres. Les gagnants sont ensuite élus au «scrutin universel» par les membres des différentes associations professionnelles du cinéma québécois. C'est peut-être le moins pire des systèmes, reste que le milieu est petit et qu'il y a des chapelles. Ceci explique cela.
Bon, cela dit, l'organisation a donné un sérieux coup de barre en confiant l'animation à l'animatrice Pénélope McQuade et à l'humoriste Laurent Paquin. Ils ont l'habitude des variétés et leur présence pourrait (remarquez le conditionnel) en convaincre quelques-uns de jeter un coup d'oeil. Mais, honnêtement, malgré la présence de deux films populaires dans les catégories de pointe, la soirée des Jutra n'est pas de taille à rivaliser avec La voix.