Le député de Papineau Justin Trudeau était tout sourire mercredi lors de son arrivée au caucus du Parti libéral.

Trudeau n'a «rien à dire»

Pendant quatre jours encore, Justin Trudeau racontera à gauche et à droite qu'il n'a «rien à dire» au sujet de sa candidature à la direction du Parti libéral du Canada (PLC), si tout ce que l'on racontait mercredi se confirme, comme tout l'indique.
De fait, il n'a «rien à dire», officiellement, depuis le retrait à la fois abrupt et étonnant de Bob Rae de cette course, en juin dernier, une décision qui oblige à trouver une solution de rechange plausible.
Mais même si M. Trudeau «n'a rien à dire», et que, par conséquent, je n'aurais rien à écrire sur son compte, la vie politique ne fonctionne pas de manière aussi rationnelle.
Toujours chef intérimaire, et ce, jusqu'à l'annonce de son successeur le 14 avril prochain, M. Rae avait conclu qu'il ne pourrait battre le fils de l'ancien premier ministre Pierre Elliott Trudeau si celui-ci se présentait.
Le député de Papineau n'a jamais confirmé sa candidature, et encore moins sa non-candidature, depuis cette date. Il a dit réfléchir avec sa famille, et là-dessus, je le crois.
Il a vécu dans son enfance les joies comme les malheurs de la vie familiale d'un chef de parti politique, premier ministre en sus, et devait y songer sérieusement avant d'infliger le même sort à sa conjointe et à leurs deux jeunes enfants.
Je n'ai jamais douté de son éventuelle conclusion, et pour ceux qui en doutaient encore, regardez de nouveau son large sourire de mercredi, à son arrivée au caucus de son parti.
Bien sûr, M. Trudeau part avec une longueur d'avance sur ses adversaires. Le PLC a ouvert sa liste d'électeurs à une nouvelle catégorie à décrire comme des «sympathisants», c'est-à-dire des personnes qui partagent la philosophie du parti, mais sans payer leur carte de membre.
Or, et je vous dis cela pour ce que ça vaut, Justin Trudeau pouvait compter à 17h mercredi sur 150 231 abonnés Twitter, des personnes qu'il rejoint en un seul clic sur son ordinateur. À titre de comparaison, Marc Garneau pouvait compter sur 6921 intéressés.
Quels obstacles attendent M. Trudeau? Peut-être trop franc pour son bien, le ministre Maxime Bernier a déjà évoqué «le bilan de son père et la politique nationale de l'énergie».
Voilà en effet les deux points faibles de sa candidature, et il ne peut rien y faire. Justin Trudeau ne répudiera jamais les politiques de son père, mais, en même temps, il y a un côté injuste et odieux à le rendre responsable de son paternel.
Après tout, il avait 13 ans quand lui et sa famille ont quitté le 24 Sussex pour s'installer à Montréal, et à moins de réincarner un petit Mozart en politique, il devait songer à autre chose qu'au rapatriement de la Constitution.
Quant au programme énergétique national, les électeurs albertains ne sont pas près d'oublier ce jour où le gouvernement libéral des années 80 s'est approprié leur pétrole et leur gaz naturel.
Voilà pour la politique familiale. Le député de Papineau compte d'abord et avant tout sur son charisme personnel pour vendre une philosophie politique. À d'autres la rédaction de propositions politiques plus précises, détaillées.
En guise d'aide-mémoire, M. Trudeau devrait affronter Marc Garneau, qui lui non plus n'a rien à dire pour le moment, Dominic LeBlanc, qui a presque confirmé sa présence en disant que «ça prend des candidats», Martin Cauchon, Martha Hall Findlay, Deborah Coyne, et peut-être les députés David McGuinty et Joyce Murray.
Dans leurs rêves les plus fous, certains libéraux souhaitent la candidature improbable du président de la Banque du Canada, Mark Carney.
Tous seront comparés à Justin Trudeau et à sa capacité à attirer les foules. Je leur souhaite bonne chance!