Dans son séjour d'un mois à Québec, Lewis Trondheim compte puiser de l'inspiration pour sa série autobiographique Les Petits Riens.

Trondheim et ses Petits Riens s'installent à Québec

Après Guy Delisle en 2012 et Mathieu Sapin l'an dernier, c'est au tour du bédéiste français Lewis Trondheim, auteur de Ralph Azham, Donjon et des Aventures de Lapinot, d'entreprendre cette semaine, en compagnie de sa femme, la coloriste Brigitte Findakly, une résidence d'un mois à Québec.
L'auteur compte bien y puiser de l'inspiration pour sa série autobiographique Les petits riens, qui se décline en albums et sous forme de blogue sur Internet. Des Petits riens, j'en fais dans tous mes voyages. J'ai d'ailleurs bien dû en faire déjà trois ou quatre sur Québec. Ça se passait entre autres à la Citadelle et dans le couloir de l'hôtel», affirme celui qui est un habitué de la capitale, étant passé à quelques reprises par le Salon du livre et le Festival de la BD francophone.
«Comme à Montréal, j'ai des copains à Québec. J'y viens et j'y reviens parce que j'apprécie les lieux et pour les copains. Il y a à Québec ce côté rassurant parce qu'on y parle français, mais en même temps un certain exotisme. Parfois, pour stimuler le processus créatif, tu as besoin de changer d'univers, de voir autre chose, mais sans nécessairement aller dans la jungle en Birmanie», illustre le dessinateur et scénariste.
Faucon à l'affût
Celui qui vient de passer deux semaines en Écosse a ensuite écrit 15 pages de Petits riens qui s'y rapportent. «Je devrais donc faire 30 pages sur Québec et le Québec après avoir passé un mois ici», poursuit celui qui, dans ses Petits riens comme dans son recueil Approximativement, se met en scène avec une tête de faucon à travers d'autres personnages zoomorphiques.
Il est bien familier avec les résidences, le faucon, puisqu'il en a fait une de deux semaines à Toronto avec l'Alliance française, ce qui a débouché sur plusieurs illustrations et une exposition. Il devrait d'ici un an et demi en faire une autre d'un mois en Martinique. 
«J'ai surtout déjà été sur le jury qui sélectionnait les auteurs qui venaient en résidence à la Maison des auteurs à Angoulême. Nous analysions et choisissions les dossiers, alors je sais très bien ce que c'est qu'une résidence», poursuit-il en avouant qu'il a lui-même déjà demandé à passer une semaine en résidence à la Maison des auteurs.
S'immerger
«C'est un exercice intéressant, qui te permet de t'immerger complètement dans un projet. La création est un peu hypnotique et, parfois, c'est difficile de bien se lancer avec les e-mails, le téléphone, les enfants tout autour», souligne-t-il.
C'est pour un scénario de dessin animé au cinéma que Trondheim s'était installé à la Maison des auteurs, un projet qui n'a cependant pas connu une fin heureuse, ni pour le scénariste ni pour le réalisateur dont le bédéiste préfère taire le nom.
«Je me suis cassé les pieds à écrire quelque chose, je l'ai relu plusieurs fois, je l'ai fait relire, je l'ai modifié. J'étais convaincu d'avoir fait quelque chose de bon. Cependant, c'est passé entre les mains du réalisateur et il l'a réécrit en mettant ses gags à lui. J'ai finalement décidé de retirer mon nom du générique, car ce n'était plus moi, ce n'était plus mon oeuvre...», raconte-t-il. Et le film dans tout ça? «Ça a été un échec cuisant...», laisse-t-il simplement tomber, sourire en coin.
Pas fait pour le ciné
Décidément, Lewis Trondheim n'est pas destiné à faire du cinéma. Ce n'est pourtant pas faute d'avoir reçu des offres. «J'avais déjà réadapté l'une de mes BD en long-métrage, mais on m'avait dit : "Il faut que tu le réalises!" Moi, je n'en avais pas envie, alors j'ai su que ça ne se ferait pas», résume celui qui a pourtant plusieurs amis qui ont touché au septième art.
«Et justement, tous mes copains qui font du cinéma me disent qu'ils ont hâte que leur projet soit terminé pour enfin pouvoir refaire de la BD. Car dans la BD, tu disposes de plus de liberté, tu n'as pas besoin de faire consensus», résume-t-il.
Et Trondheim n'aime pas vraiment devoir faire consensus. «J'ai mon caractère, ce qui est un bel aphorisme pour dire que je suis chiant!» lance-t-il avec franchise, avant de préciser. «Chiant, mais pourtant, j'ai collaboré avec plein d'autres auteurs et mon épouse est avec moi depuis 22 ans, alors je dois bien avoir de bons côtés...»
<p><i>Des Petits Riens</i>, j'en fais dans tous mes voyages. J'ai d'ailleurs bien dû en faire déjà trois ou quatre sur Québec. Ça se passait entre autres à la Citadelle et dans le couloir de l'hôtel», affirme Lewis Trondheim un habitué de la capitale</p>
Associés au travail comme dans la vie
Non seulement Lewis Trondheim partage-t-il la vie de sa femme Brigitte Findakly depuis 22 ans, il partage également avec elle sa table à dessin puisque celle-ci, coloriste de son métier, donne aussi de la couleur à ses projets.
«Nous nous sommes croisés une première fois parce qu'on travaillait dans le même atelier et depuis ce temps, on travaille ensemble, on mange ensemble et on dort ensemble», résume l'auteur. «Il y a des salariés qui ne comprennent pas, surtout qu'en France, il y a de plus en plus de retraités qui divorcent quand ils en viennent à être toujours ensemble, car ils se sont éloignés l'un de l'autre sans s'en rendre compte.»
Le couple Trondheim-Findakly a beaucoup de difficulté à imaginer un autre mode de vie. «Nous sommes ensemble 24 heures sur 24 et c'est parfait comme ça», indique l'auteur de Ralph Azham à propos de sa vie de couple. 
Pas de retraite
Et même s'il avait avancé cette possibilité en 2004, le bédéiste de 49 ans avoue maintenant qu'il a aussi beaucoup de difficulté à s'imaginer un jour à la retraite.
«J'avais dit ça, car je voulais prendre du recul, car chaque bouquin devenait une série et que je ne voulais pas toujours alimenter une série. Plusieurs auteurs franco-belges deviennent dépressifs et alcooliques pour ça... Et franchement, en connaissez-vous beaucoup de vieux auteurs de B.D. de 60 ou
70 ans qui font des chefs-d'oeuvre? Il n'y en a pas beaucoup... En fait, contrairement au cinéma ou à la peinture, il n'y en a pas du tout!»
C'est entre autres pour ça que Trondheim a mis fin cette année à sa série Donjon et qu'il avait, il y a quelques années, tué Lapinot, l'un de ses personnages cultes. «On me demande souvent de le ramener, mais je ne le ferai pas. Je ne veux pas faire de la B.D. juste pour l'argent, je veux continuer de m'amuser avec mes personnages.»
Séance de dédicace et classe de maître
À l'occasion de leur résidence à Québec, Lewis Trondheim et Brigitte Findakly en profiteront pour rencontrer leurs fans lors d'une séance de dédicace à la Librairie Pantoute du 1100, rue Saint-Jean, samedi à 14h. Le couple offrira également gratuitement une classe de maître au Cercle le jeudi 31 juillet. Les créateurs de bande dessinée émergents souhaitant découvrir le processus créatif et les méthodes de travail des deux artistes sont invités à y réserver leur place par courrier électronique en contactant le Festival de la bande dessinée francophone de Québec à reservation@fbdfq.com.