Trombone Shorty a enflammé la place D'Youville, lundi soir.

Trombone Shorty: prestation d'enfer

Trombone Shorty, et Shantel avant lui, avaient tout un défi à relever : un lundi soir, gris. Mais ils ont enflammé la place D'Youville. Shorty, en digne fils de La Nouvelle-Orléans, proposait un gombo très relevé de funk-rock-soul-hip-hop. Un style original et un refus de la facilité qui se distinguaient par l'époustouflante qualité de l'exécution musicale. Quelle prestation d'enfer!
Troy Andrew a hérité de son surnom «Trombone Shorty» parce qu'il jouait dans des fanfares dès l'âge de six ans. Une vingtaine d'années plus tard, le musicien manipule trombone et trompette avec une dextérité sidérante.
Il a accompagné Lenny Kravitz, U2 et Green Day, mais depuis 2009, il se produit avec le Orléans Avenue. Essentiellement, un power trio (Mike Ballard à la basse, Pete Murano à la guitare et Joey Peebles à la batterie) avec deux saxophonistes (Dan Oestreicher et Tim McFatter) qui cuisinent un groove d'enfer, souvent instrumental, sous la direction d'Andrews.
Le groupe est hyper soudé, avec une cohésion qui vient avec beaucoup de temps sur scène - et du talent. Des vrais pros. D'ailleurs, les spectateurs écoutaient lundi soir au lieu de parler ou de texter... La musique était hypnotique.
Vocalement, Andrews peut difficilement rivaliser avec son interprétation aux cuivres, mais son énergie et son timbre évoquent un digne descendant de Corey Glover (Living Colour, Galactic) et un proche parent de Raphael Saadiq. Et quel souffle pour passer de l'un à l'autre sans coup férir. Wow! Et la finale où tout le groupe jouait sur la batterie? Super!
J'ai depuis longtemps perdu le compte des spectacles que j'ai vus au Festival d'été de Québec depuis 25 ans, mais sur le plan musical, c'est assurément l'un des meilleurs. Et si je me fie à la réaction de la foule, je n'étais pas le seul à le penser. Jouissif.
Shantel
Shantel a fait les belles nuits de la scène électro allemande comme DJ depuis le milieu des années 80. L'influence est manifeste avec son Bucovina Club Orkestar. Le groupe propose une musique fortement axée sur le rythme et les musiques balkaniques. Forcément, on pense aux bandes sonores d'Emir Kusturica, voire son No Smoking Orchestra. Même attitude décontractée et festive.
Stefan Hantel (de son vrai nom) a une voix rauque pas très agréable, mais elle est accessoire dans ce délire musical supporté par... deux trombonistes! Le chef de file du groupe de six musiciens a d'ailleurs multiplié les invitations à la fête - allant même jusqu'à s'inviter au milieu de la foule. «Vous ne prenez pas assez de drogues, Québec. Vous êtes trop sérieux», a-t-il lancé (il n'était sûrement pas au show de Snoop Dogg). Mais ça dansait et ça sautait en masse : il n'y a pas grand-monde qui pouvait résister à l'énergie contagieuse de Shantel.
Dans une finale en crescendo, le groupe a d'ailleurs invité de nombreuses spectatrices à se déhancher, trop heureuses de se trémousser, tout en aspergeant la foule de mousseux. Sympathique. Et très efficace pour mettre de l'ambiance.