Selon ce que Le Soleil a appris, les policiers ont complètement écarté la thèse de l'article de fumeur, qui était ressortie dans les jours suivant le dramatique incendie.

Tragédie de L'Isle-Verte: le feu aurait pris naissance dans la cuisine

Les enquêteurs des crimes contre la personne de la Sûreté du Québec (SQ) continuent de s'intéresser au témoignage du gardien de nuit de la Résidence du Havre de L'Isle-Verte, Bruno Bélanger, deux mois après l'incendie qui a coûté la vie à 32 personnes âgées. Ils se demandent s'il dit toute la vérité et s'il ne pourrait pas garder pour lui des renseignements vitaux susceptibles de faire progresser l'enquête.
Selon ce que Le Soleil a appris, les policiers ont complètement écarté la thèse de l'article de fumeur. Les différents éléments d'enquête recueillis par les policiers tendent plutôt à démontrer que les flammes auraient pris naissance dans la cuisine, et non dans la chambre d'un locataire. La cause exacte du sinistre demeure toujours inconnue pour le moment.
M. Bélanger s'était confié à TVA et au Journal de Montréal, moins de 48 heures après le drame, en affirmant que l'origine de l'incendie se trouvait dans la chambre 206 et que c'était «sûr à 95 %» qu'un mégot de cigarette avait causé cette tragédie.
Il avait alors raconté que dans la nuit du drame, après 23h, il avait empêché un résident de 96 ans, Paul-Étienne Michaud, de sortir fumer à l'extérieur. C'était l'occupant de la chambre 206.
Après avoir bloqué M. Michaud dans son élan, le gardien de nuit a affirmé avoir gardé un oeil sur la chambre de ce locataire située au deuxième étage, pour ensuite se rendre au rez-de-chaussée, à la cuisine, pour commencer à préparer le déjeuner des résidents.
Quand le système d'alarme s'est déclenché, il dit avoir vu de la fumée sortir de la chambre 206. Celle-ci et la cuisine se trouvaient dans le même secteur de l'édifice, mais pas au même étage.
Témoin important
Selon nos renseignements, M. Bélanger est considéré comme un témoin important, mais pas comme un suspect. Rien ne démontre qu'il pourrait avoir mis le feu à la résidence de façon intentionnelle.
Les enquêteurs des crimes contre la personne de la SQ ont rencontré M. Bélanger à quelques reprises, dont une fois pour un interrogatoire plus poussé. Le gardien de nuit aurait maintenu sa version de l'article de fumeur.
Mais pour les policiers, cette version tient difficilement la route, dans sa totalité du moins, puisque les éléments de preuve pointent tous vers la cuisine. On sait que les enquêteurs tenteront au cours des prochaines semaines de rencontrer M. Bélanger de nouveau afin de l'interroger. L'homme est toujours lourdement affecté par ce qui s'est produit dans la nuit du 22 au 23 janvier dernier, selon ce que nous avons appris.
Joint au téléphone, M. Bélanger a rejeté du revers de la main notre demande d'entrevue. «C'est pas ton problème!» a-t-il lancé au journaliste, quand ce dernier lui a demandé pourquoi les policiers pourraient avoir des doutes sur l'intégrité de son témoignage.
Le propriétaire de la résidence, Roch Bernier, a lui aussi préféré garder le silence. «Il [M. Bélanger] est toujours sous enquête, alors je veux laisser les policiers travailler.»
Un porte-parole de la SQ, Michel Brunet, a aussi refusé de commenter les informations du Soleil.