Dans un décor beaucoup plus coloré qu'il y a une semaine, les chefs, assis, formaient un cercle avec l'animateur, de façon à pouvoir s'affronter en duels et en débats à quatre.

Tous contre un

Legault : plus solide. David : pertinente et posée. Marois : plus en contrôle. Couillard : ébranlé. On anticipait une foire d'empoigne, on a eu un combat vigoureux, parfois violent, dont Philippe Couillard est sorti le plus amoché.
Dans un décor beaucoup plus coloré qu'il y a une semaine, les chefs, assis, formaient un cercle avec l'animateur, de façon à pouvoir s'affronter en duels et en débats à quatre. La formule des face-à-face de TVA était peut-être claire sur papier, mais chaotique une fois les caméras allumées, au point de m'apparaître plus rigide et contraignante que celle du débat traditionnel. Pierre Bruneau a passé la soirée à interrompre les débatteurs parce que leur temps était fini, de sorte qu'ils avaient parfois cinq secondes - autant dire rien - pour répliquer à leurs adversaires.
François Legault a particulièrement goûté à cette médecine. Pierre Bruneau l'a d'ailleurs vilipendé parce qu'il relançait ses adversaires avec des questions. «Les questions, c'est moi qui les pose, vous vous trompez de débat», a martelé l'animateur. Mais pourquoi les chefs devraient-ils s'empêcher de se questionner entre eux? Absurde. On n'invite pas des chefs dans un débat pour les faire taire. N'aurait-il pas été plus simple d'ouvrir les micros uniquement aux moments où les chefs avaient le droit de parole, comme on le voit dans certaines émissions françaises?
La formule permettait à Pierre Bruneau de personnaliser certaines questions, faisant référence au passé des chefs. Il a pu aborder de front le présumé «deal» de Mme Marois et les liens amicaux de M. Couillard avec le Dr Porter, qualifié d'«éléphant dans la pièce» par le chef de la CAQ. Premier tir groupé contre le chef du Parti libéral, qui a été incapable de se défendre, sonné par cette solide droite. M. Couillard subira un second revers quand il sera question de la défense de la langue française. «Pourquoi des employés d'usines devraient se parler entre eux en anglais?» lui a demandé Françoise David, efficace dans ce duel.
À plusieurs moments, M. Couillard paraissait amorphe. Ce calme apparent, très différent de la sérénité de Mme David, ne l'avantageait pas par rapport à ses adversaires, plus pugnaces.
Legault redoutable
Plutôt absent au précédent débat, François Legault s'est révélé redoutable jeudi soir, bien que trop agressif par moments, au point de parler par-dessus ses adversaires en répétant les mêmes phrases quatre, cinq et six fois. Le chef de la CAQ a le sens de la fo-mule. «On ne veut plus entendre parler de référendum», a martelé Philippe Couillard, qui avait rarement le dernier mot. «Les sondages vont de votre côté parce que vous faites peur au monde», lui a renvoyé François Legault.
Étrange consensus sur la question des nominations partisanes entre le chef de la CAQ et Françoise David. À un certain moment, on aurait cru que les deux chefs, pourtant aux antipodes, iraient prendre un verre après l'émission. Mais Legault ne s'est jamais laissé démonter par Marois et Couillard.
Clairement plus en contrôle qu'au premier débat, Mme Marois était la seule à s'adresser aussi souvent à la caméra. On ne lui reprochera pas de sourire, même si ça paraît souvent forcé. Quand je l'ai vue arriver avec un tas de papiers, j'ai craint qu'elle nous refasse le coup du premier débat en fouillant constamment dans ses feuilles, mais ça n'a pas été le cas, heureusement.
Françoise David est claire, posée, en parfait contrôle, ne prend jamais ses adversaires de haut. Duel particulièrement violent en fin de débat entre François Legault et Pauline Marois sur la question de la charte, mettant la première ministre sur la défensive, seul moment de la soirée où on l'a sentie déstabilisée.
La formule n'était peut-être pas au point, mais le face-à-face de jeudi soir pourrait avoir beaucoup plus d'influence que le premier, et certainement pas à l'avantage de Philippe Couillard.