Comme la toile de fond de Tombé du ciel est l'attentat du 11 septembre 2001, Hughes Frenette a nourri sa mise en scène en visionnant les vidéos amateurs qui ont témoigné de la chute des deux tours pour nourrir sa mise en scène.

Tombé du ciel: repartir à zéro

11 septembre 2001. Les tours jumelles du World Trade Center s'écroulent. Un homme d'affaires, Ben, est censé y être. Aux yeux de sa famille, il est mort. Mais il était chez sa maîtresse (et patronne) Abby. Une occasion en or de repartir à zéro?
La prémisse de Tombé du ciel, une pièce de l'Américain Neil LaBute, a de quoi susciter le malaise. «La richesse du texte est là», estime le metteur en scène Hugues Frenette. «Au début, on se dit que Ben est un écoeurant de ne pas se rapporter à sa femme et à ses enfants, mais c'est beaucoup plus compliqué que ça», analyse-t-il.
À l'ombre des décombres, sur fond de sirène et de cris de détresse, alors que la poussière flotte encore dans l'air, la querelle des deux amants sur la possibilité de tout quitter semble complètement décalée. «Au lieu de présenter des personnages complètement catastrophés, renversés, désarticulés par ce qui vient de se passer, on a deux personnages qui continuent à avoir des discussions en apparence tout à fait banales, mais qui sont visiblement très affectés», note Hugues Frenette. «On le perçoit au fil de la pièce à quel point ce qui s'est passé dehors les a dévastés, a dévasté leur couple.»
Le sujet de l'attentat terroriste qui a détruit les tours jumelles a toujours une profonde résonnance, soutient l'homme de théâtre. «On se souvient tous où on était le matin du 11 septembre», note-t-il. «C'est une pièce qui pourrait être présentée partout, mais qui a l'avantage de se passer dans l'épicentre du drame. On sent toujours cette chape de poussière qui est en train de retomber sur eux, et comme public on est mal à l'aise sans trop savoir pourquoi.»
Pour nourrir sa mise en scène, Hugues Frenette dit s'être inspiré du documentaire 102 minutes qui ont changé le monde, simplement constitué de vidéos amateurs filmées le matin du double attentat. «C'est troublant, on est dedans, on le vit. C'est difficile à regarder», raconte-t-il.
La pièce sera présentée au studio Marc-Doré du Théâtre Périscope, un tout petit théâtre dont l'intimité sied bien à ce huis clos haletant dans un appartement de New York. «Comme on est dans une seule unité de temps et de lieu, on finit par sentir qu'ils respirent le même air depuis 24 heures. Il faut qu'il se passe quelque chose. À la fin, ils prendront une décision. Pas nécessairement celle qu'on s'attend à ce qui soit prise», avertit toutefois Hugues Frenette.
Duo explosif
L'auteur dramatique Neil LaBute a écrit The Mercy Seat au lendemain (ou presque) de l'attentat. L'idée lui en est venue quand il s'est senti exaspéré d'avoir à prendre le train pour revenir de Chicago, tous les avions étant bloqués après la catastrophe. Une pensée égocentrique troublante, qui lui a inspiré l'histoire de Ben et d'Abby.
La pièce a été présentée à New York en 2002, alors que les plaies étaient bien vives. La mode était plus à souligner les héros qu'à parler des antihéros, comme Ben, qui ont pu voir une occasion dans un événement aussi tragique. Liev Schreiber et Sigourney Weaver ont interprété les protagonistes dans ce duo de haute voltige où les couteaux volent bas, soulignant au New York Times à l'époque combien cette partition était exigeante.
«Autant Christian Michaud que Sophie Dion m'ont avoué qu'ils n'avaient jamais eu à apprendre un texte aussi difficile, au niveau du rythme», confirme Hugues Frenette à propos des deux comédiens qu'il a choisis pour cette adaptation québécoise de Maxime Allen, produite par le Théâtre Niveau Parking. «Mais ils ne trouvent pas que c'est dur à jouer. Pour eux, dès qu'ils embarquent dans la pièce, dans le train, ça roule, ça déboule», illustre le metteur en scène. «Tout ça crée une espèce de ping-pong qui rebondit, avec des échanges très brefs entre les deux acteurs», décrit-il.
Ben, un «golden boy de la finance», est un exemple parfait de la tendance des Américains à se «magnifier comme peuple et comme individu», analyse Hugues Frenette. «Le personnage d'Abby, sa patronne, l'amène à prendre conscience de sa petitesse, qu'il est un minuscule grain de sable dans un océan et que la vague est en train de tout emporter.» Par amour pour lui, Abby serait prête à quitter New York et à refaire sa vie, «mais elle veut de la vérité, de la sincérité». «Elle va le pousser dans ses derniers retranchements», révèle-t-il.
Hugues Frenette a veillé à ce que l'intensité soit conservée tout au long de la pièce. «Comme metteur en scène, je concentre presque toujours toutes mes énergies sur un aspect : le jeu. Je suis d'abord un acteur, et ce que j'aime, c'est quand on passe du temps à jouer. Quand il y a trop d'artifices, ça a souvent un bel effet, mais parfois, ça me manque comme spectateur d'avoir accès à l'humain», conclut-il.
À l'affiche
Titre : Tombé du ciel
Texte : Neil LaBute, traduction de Maxime Allen
Mise en scène : Hugues Frenette
Interprètes : Christian Michaud et Sophie Dion
Salle : studio Marc-Doré, au Périscope
Dates : du 5 au 15 février
Synopsis : Le matin du 11 septembre 2001, Ben est chez sa maîtresse au moment où le World Trade Center s'effondre. Comme il devait être dans un des immeubles, tout le monde le croit mort. Saisira-t-il l'occasion de recommencer une nouvelle vie?