Malgré la lourdeur des thèmes - le mensonge, le deuil, le sadisme, le fanatisme - l'humour est vif, les répliques bien tournées abondent et prennent même parfois le dessus sur les passages plus poétiques et introspectifs.

Tom à la ferme: rires et grincements de dents

Tanguant entre la violence du désir viril et l'abrutissant confort du mensonge, Tom à la ferme révèle toutes les couleurs du talent du dramaturge Michel Marc Bouchard, exacerbées par la mise en scène de Marie-Hélène Gendreau. Drôle, brusque, tendre et terrible, la pièce nous plonge dans un jeu complètement tordu, à travers champs.
Dès l'entrée, la vue du décor nous frappe. D'un côté, une maisonnette éventrée pour qu'on puisse en voir l'intérieur rustique et propret, de l'autre, une grange où loge le multi-instrumentiste Philip Larouche, qui ponctuera l'action de notes de piano, de violoncelle et même, de batterie. Les deux pans du décor de Marie-Renée Bourget Harvey s'ouvrent comme une mâchoire, qui se tordra au fil du spectacle, comme pour faire écho au crime originel de ce drame où on rit autant qu'on grince des dents. Les lumières d'Hubert Gagnon y filtrent, y plombent et y rougeoient avec grâce.
Drame bien ficelé
Le drame de Michel Marc Bouchard est bien ficelé, mais aime à s'égarer dans les eaux du thriller ou de la comédie grinçante. Malgré la lourdeur des thèmes - le mensonge -, le deuil, le sadisme, le fanatisme; l'humour est vif, les répliques bien tournées abondent et prennent même parfois le dessus sur les passages plus poétiques et introspectifs.
On sent, dans plusieurs scènes, que les répliques auraient pu avoir un tout autre sens. Marie-Hélène Gendreau suit la plupart du temps la ligne comique, mais prend le temps de faire naître la tension dans quelques moments clés, qui engendrent de très belles images.
Tom, interprété avec un peu d'hésitations au départ par Steve Gagnon, qui reprendra vite tout son aplomb, arrive à la ferme laitière de la famille de son amoureux, qui vient de mourir. Le mensonge lui saute au visage lorsque la mère (excellente Lise Castonguay) lui avoue n'avoir jamais entendu parler de lui. Un coyote lui saute ensuite à la gorge pour lui jurer de ne rien dire : Francis, le frère brutal et vicieux du défunt, commence dès lors un jeu dangereux, où Tom risquera de laisser sa peau. Joué avec force et nuances par Frédéric Bouffard, le colosse nous tire quel­ques frissons.
Leurs jeux fraternels et masochistes dérangent, excitent, questionnent. L'aveuglement de la mère attriste. Le trio s'avilit dans un jeu de rôle étrange et malsain, où chacun devient le fils, l'amant ou le frère perdu de l'autre. La bonde et sexy Sara (Joëlle Bond) viendra rompre l'hypnose à la toute fin, réveillant les appétits de Francis, le délire de Tom (devenu complètement embourbé dans cette ferme de fous) et la lucidité de la mère.
Une création bouillonnante, aux teintes franches, présentée jus­qu'au 15 octobre à la Bordée. Info : 418 694-9721