Tom à la ferme est né dans l'esprit de Michel Marc Bouchard après qu'un ami lui eut confié que s'il arrivait quelque chose à son chum, il devrait davantage gérer «le drame» qu'entraînerait la vérité sur son homosexualité que son deuil.

Tom à la ferme: mensonges et hurlements

Les titres des pièces de Michel Marc Bouchard en disent beaucoup sur le contenu du texte. Peut-être parce qu'il les choisit souvent à la toute fin de son écriture. Pour Tom à la ferme, il avait pensé à La fabrication des synonymes, La fiancée du mort, Le bois aux coyotes, La veuve-garçon... «Finalement, j'ai choisi Tom à la ferme. Titre bon enfant aux accents bucoliques, mais tout comme le reste de la pièce, c'est un titre trompeur», écrit-il
Cette citation se trouve dans le programme du Théâtre d'Aujourd'hui, où la pièce a été créée l'hiver dernier. Mais c'est à la Bordée, en chair en en os, que nous rencontrons Michel Marc Bouchard, celui à qui on doit plusieurs pièces déterminantes de la dramaturgie québécoise, dont Les muses orphelines, Les feluettes, L'histoire de l'oie et Le chemin des passes dangereuses.
L'étincelle de Tom à la ferme fut une anecdote toute simple. Un ami gai, en couple depuis une dizaine d'années, lui confie un jour : «S'il arrivait quelque chose à mon chum, ce serait comme si on volait mon deuil. J'aurai davantage à gérer le drame qu'entraînera la vérité de notre union que ma peine.» Touché, Bouchard décide de pousser cette tension entre le deuil et le mensonge vers le drame et fignole une intrigue où la violence, les crimes anciens et les mots non dits scellent le destin des protagonistes.
Tom est un jeune publiciste de Montréal qui se rend à la campagne pour les funérailles de son amoureux, qui ne sera jamais nommé. Il y rencontre la famille du défunt et s'aperçoit que son amant n'avait jamais parlé de lui ou de son orientation sexuelle à sa famille. «Si je m'en étais tenu à "est-ce qu'ils vont connaître la vérité ou non?", ça devient presque une comédie, un vaudeville. Alors que là, il fait la rencontre d'un personnage assez particulier qui est Francis, le frère du mort», indique l'auteur.
Ostracisé pour un crime qu'il a commis il y a des années, Francis vit reclus et sera, à l'arrivée de Tom, «regardé» alors qu'il est invisible aux yeux de la petite communauté rurale qui l'a jugé et le punit en silence. Une série d'attractions et de répulsions suivront, et la violence deviendra un langage entre eux. «En Tom, Francis verra non pas un compagnon de jeu, mais un jouet, explique Bouchard. J'ai beaucoup travaillé, de façon intuitive, avec l'image du coyote et du lièvre.»
«Si ce n'est pas dit, ça n'existe pas»
Avec la mère, ils forment un triangle tragique et malaisant. «Je voulais une mère noble, plus protestante que catholique. Elle se doute de quelque chose, mais elle veut les mots. Son rapport à l'Évangile, à ce qui est écrit, est très fort. Si ce n'est pas dit, ça n'existe pas, souligne l'auteur. Dans le deuil, il y a des transferts fonctionnels. La mère va adopter Tom comme un fils, Tom va adopter Francis comme un amant, et Francis va regarder Tom comme son frère.»
Le drame se déroule dans une campagne où les maisons sont presque tou­tes abandonnées et où les terres sont devenues d'immenses champs de maïs. Ce qui amène une touche «à la Stephen King» que l'auteur aime bien, mais aussi l'occasion de parler des monocultures et d'une forme de désertification de la cam­pagne québécoise. Ville et campa­gne, violence et sensualité : «J'aime bien ces paradoxes et je m'en sers un peu comme dans un conte», nous dit Michel Marc Bouchard. Un conte apparemment effrayant et brutal.
La pièce sera mise en scène par Marie-Hélène Gendreau, assistée de Jessica Ruel-Thériault et des concepteurs Marie-Renée Bourget Harvey, Maude Audet, Hubert Gagnon et Philip Larouche. Joëlle Bond, Frédérick Bouffard (Francis), Lise Castonguay (la mère) et Steve Gagnon (Tom) forment la distribution.
Vous voulez y aller?
QUOI : Tom à la ferme
QUAND : du mardi au jeudi à 19h30 et les vendredis et samedis à 20h, du 20 septembre au 15 octobre
: Théâtre de la Bordée
BILLETS : 20 $, 31 $
TÉL. : 418 694-9721