Membre du Manhattan Transfer depuis 1978, la chanteuse Cheryl Bentyne (deuxième à partir de la gauche) sera absente de Québec, car elle subit des traitements pour soigner un lymphome de Hodgkin. Ses collègues Tim Hauser, Janis Siegel et Alan Paul seront toutefois au rendez-vous.

Tim Hauser, le Don Draper du Manhattan Transfer

Fondateur et seul membre original du mythique groupe vocal The Manhattan Transfer, qui se produira au Palais Montcalm demain, Tim Hauser ne regrette pas du tout d'avoir abandonné il y a 45 ans un emploi payant dans le domaine de la publicité et du marketing pour sauter à pieds joints dans son rêve de vivre de la musique.
<p>C'est la jeune Katie Campbell, une ex-choriste de Sheryl Crow et de Bobby McFerrin, qui prendra la place de Bentyne au sein de l'ensemble de New York en attendant que la chanteuse reprenne le collier, en avril.</p>
«Oui, j'étais un vrai mad man comme Don Draper! Mon agence, Sullivan, Stauffer, Colwell and Bayles, était la 12e en importance aux États-Unis et j'avais dans mon portefeuille des clients comme Pepsodent et Johnson & Johnson!» lance le chanteur de 72 ans en faisant référence à la populaire série télé Mad Men, qui se déroule dans le monde de la publicité des années 60 à New York.
Quotidien semblable
Hauser indique d'ailleurs que son quotidien ressemblait beaucoup à ce qu'on peut voir dans la série présentée sur le réseau AMC. «C'était peut-être un peu moins glamour, mais c'était comme ça! Tout le monde fumait des cigarettes et je me rappelle de l'épisode où un des gars dit à sa femme qu'il fait 70 $ par semaine. C'est exactement le salaire que je gagnais!» se souvient-il.
Il est ensuite devenu l'un des directeurs de la recherche et du marketing chez Nabisco, un emploi qu'il a occupé durant trois ans. «J'étais toujours dans le domaine de la publicité et du marketing, mais ce n'était pas ce que je voulais faire. J'avais peur de tout laisser tomber et de me consacrer à la musique, car je faisais beaucoup d'argent», se souvient-il.
C'est à l'âge de 27 ans qu'il décide de se lancer pour de bon. «J'ai tout abandonné et la moitié de mes collègues de travail croyaient que j'étais fou, alors que l'autre moitié me disaient qu'ils aimeraient avoir le cran de faire la même chose.»
Succès durable
Quarante-cinq ans et plusieurs millions d'albums vendus plus tard, nul besoin de dire que Hauser ne regrette pas du tout sa décision. «Je crois que si nous avons duré aussi longtemps, c'est parce que nous faisons de la musique traditionnelle américaine, que nous ne suivons aucune mode», analyse-t-il.
D'ailleurs, il s'est bien gardé d'imiter d'autres artistes quand il a lancé son groupe, en 1969. «J'ai regardé tous les trucs que j'aimais musicalement et j'ai éliminé ce que d'autres artistes faisaient déjà. Il restait la musique vocale, un genre auquel personne, à part peut-être les Pointer Sisters, ne touchait à l'époque, l'harmonisation à quatre voix et le doo-wop», explique-t-il.
«Je ne suis pas bien différent du commun des mortels, alors je me suis dit que si j'aimais ça, d'autres allaient sûrement aimer ça aussi. Et vois-tu, je n'ai pas eu tort, car aujourd'hui, il y a un regain de popularité pour la musique vocale avec des groupes comme Pentatonix, par exemple», poursuit le chanteur.
Le succès du Manhattan Transfer avec des classiques comme The Boy from New York City, Route 66 et Spice of Life a permis au groupe de rafler 10 prix Grammys au cours de sa carrière.
«Le groupe en a 10 et moi, j'en ai 8, car il y en a 2 qui ont été remportés par d'autres membres à titre individuel. J'ai un meuble où je garde de vieux 78-tours et de vieux 45-tours, car je suis collectionneur, et j'y ai gardé une étagère pour les prix que j'ai gagnés, pour ne jamais les oublier!» conclut-il.
Introniser Elvis au Temple de la renommée
Avoir intronisé Elvis Presley au Temple de la renommée du rock'n'roll, ce n'est pas banal. Tim Hauser, l'un des chanteurs du Manhattan Transfer, est l'un de ceux qui ont eu la chance de permettre au «King» de faire son entrée au Saint des Saints en 1986.
«À l'époque, le Manhattan Transfer était sur l'étiquette Atlantic Records, dont le président, Ahmet Ertegun, a fondé le Temple de la renommée. M. Ertegun m'a fait le très grand honneur de me nommer au tout premier comité d'intronisation où j'ai siégé de 1986 à 1988», raconte-t-il.
«Personne ne savait que le Temple de la renommée deviendrait quelque chose d'aussi gros, mais imagine! J'ai pu introniser Elvis et Chuck Berry et j'étais un grand fan des deux. Quand j'ai regardé la liste des candidats, Elvis est évidemment le premier pour qui j'ai voté», conclut-il, ajoutant qu'il conserve encore précieusement son invitation à la toute première cérémonie d'intronisation au Temple de la renommée. 
Amoureux de la ville de ses ancêtres
Pour le leader du Manhattan Transfer, Tim Hauser, Québec n'est pas qu'un arrêt dans la tournée du groupe, c'est aussi la ville de ses ancêtres, et il avoue savourer chacun de ses passages dans la capitale.
«C'est une ville tellement belle, je voudrais toujours y rester plus longtemps», signale Hauser en rappelant que ses ancêtres étaient Français et qu'ils avaient longtemps habité Québec. «Hauser est le nom de mon beau-père. Le nom de mon père est Dapron et c'est originaire de France. Les Dapron habitaient Québec à la fin des années 1700 et ils sont partis pour s'installer à Saint Louis, Missouri, où ils sont devenus fermiers. Ma mère me dit que je devrais changer de nouveau mon nom pour Dapron, mais je ne veux pas, car c'est trop de trouble!» explique-t-il.
Le chanteur avoue maîtriser «un petit peu» la langue française. «J'ai appris un peu le français et, quand j'ai passé ma lune de miel à Paris, je m'étais fait un devoir d'essayer de le parler, car je sais que c'est important pour les gens là-bas», termine-t-il. 
Vous voulez y aller?
• Qui : The Manhattan Transfer
• Où : Palais Montcalm,
• 995, place D'Youville
• Quand : jeudi à 20h
• Billets : 23 $, 63,24 $
• Téléphone : 418 641-6040