«J'ai eu une rencontre avec mon équipe, on a regardé comment on pourrait faire ça, comment ce pourrait être spécial et on s'est dit : \"Oui, on va le faire!\" [...] Et puis j'ai toujours aimé Québec, l'atmosphère est super...», raconte Roger Waters.

The Wall sur les Plaines: «une grande célébration»

The Wall a beau traiter de sujets lourds ou sombres, le spectacle que Roger Waters présentera sur les plaines d'Abraham aura des airs de fête. En achevant sa tournée américaine avec le plus imposant de tous ses concerts, l'ex-Pink Floyd fera un cadeau tant à ses fans qu'à sa troupe: «ce sera comme une grande célébration, pas juste pour moi et mon groupe, mais pour toute l'équipe qui a été avec moi ces dernières années...»
Ça faisait un petit moment que l'itinéraire de tournée de Roger Waters avait été dessiné quand s'est ajouté le spectacle du 21 juillet, à Québec. Celui prévu à Philadelphie, une semaine plus tôt, devait être le dernier avant que l'homme de 68 ans ne s'offre des vacances. Qu'est-ce qui l'a fait changer d'idée? Au bout du fil à l'occasion d'une conférence téléphonique, Waters répond en évitant la langue de bois.
«C'était une bonne offre. J'ai vu des photos du site, et ça m'a semblé spectaculaire. J'ai eu une rencontre avec mon équipe, on a regardé comment on pourrait faire ça, comment ce pourrait être spécial et on s'est dit: "Oui, on va le faire!" [...] Et puis j'ai toujours aimé Québec, l'atmosphère est super...»
De la colère à l'empathie
Voilà près de 33 ans que Roger Waters a écrit The Wall, l'un des albums les plus populaires de Pink Floyd. Il a présenté le spectacle avec son ancienne formation en 1980 et en 1981, l'a repris en solo à Berlin, en 1990, accompagné d'une brochette d'invités, et, depuis 2010, il transporte ses Mother, Hey You et autres In the Flesh autour du globe dans une version moderne.
Soir après soir, un mur se bâtit sur les planches pour en venir à séparer les musiciens du public. Waters utilise la métaphore pour traiter d'aliénation et dénoncer les croyances religieuses et politiques qui mènent aux conflits armés. Bien que les sujets sensibles de The Wall lui aient été inspirés d'expériences personnelles - il a perdu son père à la guerre et a déjà été la rock star torturée qu'est le personnage prénommé Pink -, il n'a aucun mal à revivre ces émotions sur une base quasi quotidienne.
«J'ai mûri, et certaines préoccupations que j'avais à l'époque, je ne les ai plus. Mais la passion est toujours là et ce qui a pu être le fruit de la colère s'est transformé en empathie - il y a davantage d'empathie que de colère. Mais le fait que j'aie de l'empathie envers les victimes du monde dans lequel on vit signifie que je suis en colère envers ceux qui leur ont fait violence.»
En donnant un second souffle à son oeuvre fétiche, Roger Waters s'est éloigné des éléments personnels pour mettre l'accent sur le sort des autres, en particulier des victimes de la guerre. Il a écrit une nouvelle chanson, The Ballad of Jean Charles de Menez, portant sur ce Brésilien qui a été abattu de huit tirs à la tête dans le métro londonien après que les autorités l'eurent cru, à tort, terroriste. L'artiste a fait connaissance avec la famille du défunt lorsqu'il s'est produit en Amérique du Sud, de la même façon qu'il a rencontré les présidents du Chili et de l'Argentine.
Indignation
À en juger le succès de cette tournée qui remplit désormais les stades - neuf fois celui de Buenos Aires -, The Wall est toujours d'actualité. Waters estime d'ailleurs que la foule réagit plus vivement à ses chansons qu'il y a une dizaine d'années.
«Il y a un sentiment plus généralisé qu'il y a quelque chose qui cloche avec le système dans lequel on se trouve à titre d'êtres humains. Quelque chose comme le mouvement Occupy est une indication qu'il y a plus de gens pour protester de manière significative et pour faire noter comment ce système ne tourne pas rond, en particulier aux États-Unis, où je vis. Je suis assez sûr que le spectacle [...] peut avoir un effet sur les gens. Il y a un point central et des éléments desquels ils peuvent discuter.»
Roger Waters a réuni une équipe de 12 musiciens et choristes afin de rendre The Wall de manière impeccable. Pour combler l'absence de son ancien collègue de Pink Floyd David Gilmour, il a recruté Dave Kilminster à la six-cordes et Robbie Wyckoff au chant. Frustré de ne pas pouvoir chanter l'ensemble des partitions, le Roger? Plus maintenant, en tout cas...
«Si j'avais été le meilleur chanteur au monde, ma vie aurait été différente, mais je suis plutôt satisfait de la manière dont les choses ont tourné, assure-t-il. Je suis très heureux de faire ce que je fais maintenant, j'adore le groupe avec lequel je travaille, j'adore les gens impliqués dans ce projet. J'ai fait 180 de ces shows de The Wall, et on fait constamment des modifications. Tout le monde trouve des façons de le rendre meilleur et, par là, je veux dire plus touchant sur le plan émotif, alors je vis des moments très heureux.»The Wall a beau traiter de sujets lourds ou sombres, le spectacle que Roger Waters présentera sur les plaines d'Abraham aura des airs de fête. En achevant sa tournée américaine avec le plus imposant de tous ses concerts, l'ex-Pink Floyd fera un cadeau tant à ses fans qu'à sa troupe : «Ce sera comme une grande célébration, pas juste pour moi et mon groupe, mais pour toute l'équipe qui a été avec moi ces dernières années...»