The Wall: la quintessence du spectacle rock

Grandiose, spectaculaire, historique... Les qualificatifs manquaient, samedi, pour décrire la représentation de The Wall livrée par Roger Waters sur les Plaines d'Abraham. Haut en couleurs, le concert aura soulevé 75 000 fans enthousiastes autant par ses innombrables trouvailles visuelles que par sa musique, ponctuée de refrains incontournables.
«Vous êtes magnifiques», a lancé Roger Waters aux fans qui lui ont réservé une ovation monstre au terme de la performance. «Nous avons donné 192 spectacles depuis 2010; celui-ci est le dernier et c'était une très belle place pour finir», a-t-il ajouté en français. Puis, visiblement ému, il a conclu: «Nous allons nous souvenir de cette soirée pour le reste de notre vie.»
La foule s'en souviendra tout autant. Même en ayant vu The Wall en aréna, on ne pouvait qu'être renversé par la mouture augmentée, destinée aux scènes extérieures. C'est en effet à la quintessence du happening rock que l'ex-Pink Floyd nous a conviés: une sono redoutable, avec des effets en quadriphonie, de la pyrotechnie, des marionnettes géantes, des projections à couper le souffle et, bien sûr, cet imposant mur de 728 pieds - le plus long jamais érigé dans l'histoire de ce show.
La vente des bracelets donnant accès à l'événement a été nettement plus longue qu'on ne l'avait prévu, mais selon la porte-parole Luci Tremblay, ils avaient tous trouvé preneur samedi, avant la représentation. Mieux, plusieurs fans avaient décidé de porter leur macaron lumineux du Festival d'été.
Ouverture éclatante
En intro, Waters s'est plu à surprendre son public avec un clin d'oeil aux premières lignes douces et nuancées d'Outside the Wall. Au moment où tout le monde avait baissé sa garde, il a dégoupillé In the Flesh? avec un faste de feux d'artifice et d'effets pyrotechniques. On a immédiatement pu constater que sa troupe de 12 musiciens était en grande forme et qu'en cette soirée parfaite, ni trop chaude ni trop froide et sans gouttes de pluie, il n'y aurait pas de place pour l'ennui.
Le mur, qui s'est bâti sous nos yeux, est devenu un immense écran géant. Durant The Thin Ice, les visages de victimes innocentes de la guerre se sont mis à apparaître comme autant de briques, à commencer par le père du chanteur et bassiste, Eric Fletcher Waters.
Puis, le fameux professeur de Another Brick in the Wall 2 s'est profilé sous forme d'une immense marionnette. Pour le chasser, Waters, bien en voix, a fait appel au choeur de Jeunes musiciens du monde. La souriante équipe, arborant des t-shirts sur lesquels était écrit «Fear Builds Walls», est venue chanter en faisant une chorégraphie.
Propos universel
Dans son souci de rendre son The Wall davantage universel, le leader s'est éloigné des propos personnels et de la Seconde Guerre mondiale, dont il était surtout question dans la première mouture, pour l'étendre aux victimes innocentes au sens large. C'est dans ce contexte que s'est insérée la nouvelle composition The Ballad of Jean-Charles De Menezes. Le Brésilien, suspecté à tort d'être un terroriste, a été abattu de huit balles à la tête dans le métro londonien...
Sortant un papier, Waters s'est adressé en français à la foule: «Je veux dédier ce concert à lui [De Menezes] et à toutes les victimes de l'État dans le monde. Son histoire rappelle que si l'on donne trop de pouvoir à l'État et à la police, la descente vers la tyrannie est glissante et rapide.»
Il a tenté ensuite de poursuivre en anglais, mais le public lui a signifié qu'il voulait l'entendre dans la langue de Molière. «Ce n'est pas facile de faire ça devant 75 000 Québécois!» a-t-il blagué.
On a eu droit à une superbe Mother, où Robbie Wyckoff lui a habilement donné la réplique, entonnant la portion naguère chantée par David Gilmour. Si The Wall a plus de 30 ans, Waters s'est assuré d'ajouter suffisamment de neuf dans le matériel pour le garder bien vivant. On songe à ces solos de guitare échangés par Snowy White et G.E. Smith (à la slide) dans Mother, à l'énergique What Shall We Do Now?, qui n'a a jamais été endisquée, ou à l'instrumentale The Last Few Bricks, où le mur, par la magie des projections, semblait voler en éclats.
Belle écoute
De son côté, la foule a été d'une écoute surprenante. Dans Goodbye Blue Sky et ses images troublantes, avec des avions qui larguaient croix, dollars ou logos de grandes compagnies, il était fascinant de voir autant de personnes être si silencieuses. Et au retour de l'entracte, pendant la magnifique Hey You, les fans peut-être un peu sonnés de se retrouver devant un mur sans voir Roger Waters et ses musiciens, ont encore là été tout ouïe.
Autant on pouvait être touchés par Bring the Boys Back Home et Vera, ponctués d'images d'enfants qui retrouvent leur père soldat, autant on pouvait s'éclater sur Run Like Hell. Mais l'incontournable Comfortably Numb est à ranger parmi les moments les plus mémorables, avec Waters, au pied du mur et son guitariste, Dave Kilminster, tout en haut, qui livrait un solo bien senti.
Évidemment, rien n'a valu quand, au terme de The Trial, la foule entière hurlait «Tear Down the Wall» et que le mur s'est effondré: c'était le pinacle d'une soirée forte en sensations.
Les plaines d'Abraham ont accueilli d'innombrables concerts d'envergure au fil des ans, mais jamais la ville n'a eu droit à un pareil festin d'images et de décibels, de contenu politique et de moments gorgés d'émotions. Un spectacle qui passera à l'histoire.
Waters sur un tapis volant!
Si on se fie au producteur Serge Grimaux, qui a rencontré Roger Waters à l'entracte de son spectacle, l'ex-Pink Floyd planait à la vue de la foule nombreuse qui s'était réunie sur les plaines d'Abraham pour assister à son opéra rock.
«Je viens de le voir et là, il vogue! Il est sur un tapis volant! Total, total!» a lancé Grimaux au sortir de sa rencontre avec le bassiste et chanteur, qui avait aussi serré la pince à quelques ex-militaires de la région de Québec.
Souriant, Grimaux n'était pas peu fier du résultat de plusieurs mois de travail. «Ça ressemble à ce que je vous avais promis, hein? C'est bon, C'est bon! Comment tu trouves ça?» a-t-il demandé à l'auteur de ces lignes.
«Le son est excellent, les projections sont impressionnantes et, regarde, là ce sont les photos de militaires qui sont décédés à la guerre!» a-t-il poursuivi en montrant du doigt l'immense mur sur lequel défilaient les photos de militaires morts au combat et de politiciens et objecteurs de conscience ayant été assassinés. Ian Bussières
>>Première partie
In the Flesh?
The Thin Ice
Another Brick in the Wall Part 1
The Happiest Days of Our Lives
Another Brick in the Wall Part 2 (avec un choeur de Jeunes Musiciens du Monde)
The Ballad Of Jean Charles de Menezes
Mother
Goodbye Blue Sky
Empty Spaces
What Shall We Do Now?
Young Lust
One of My Turns
Don't Leave Me Now
Another Brick in the Wall Part 3
The Last Few Bricks
Goodbye Cruel World
>> Deuxième partie
Hey You
Is There Anybody Out There?
Nobody Home
Vera
Bring the Boys Back Home
Comfortably Numb
The Show Must Go On
In the Flesh
Run Like Hell
Waiting for the Worms
Stop
The Trial
Outside the Wall