Tauberbach, du metteur en scène flamand Alain Platel, a été présenté au Carrefour de théâtre, mercredi soir.

Tauberbach: hors normes

On sort de Tauberbach ébranlés. Ébranlés par ce qu'on a vu. Ébranlés par ce qu'on aurait peut-être aimé mieux ne pas voir. Le metteur en scène flamand Alain Platel nous sort de notre zone de confort, c'est certain.
<p>Les cinq danseurs et l'actrice Elsie de Brauw, qui incarne Estamira, font tous preuve d'un abandon total devant des scènes très difficiles à jouer. </p>
Difficile de dire si on a aimé l'oeuvre interprétée par Les Ballets C de la B. Tauberbach en est une qui se digère lentement. Des images resteront certainement gravées dans notre mémoire pour longtemps.
Oui, certains passages étaient de purs instants de génie. Mais à d'autres moments, on avait l'impression que Platel poussait un peu trop la note. Qu'il avait voulu en mettre trop dans le but de choquer, de provoquer, même s'il affirme en entrevue qu'il n'a pas ces intentions.
Après Gardenia, présentée au Carrefour de théâtre en 2011 et qui mettait en scène sept vieux travelos, Platel s'est intéressé à une autre histoire peu ordinaire dans Tauberbach.
La première image frappe. Le rideau se lève. Des centaines de vêtements gisent sur le sol, recouvrant entièrement la scène. On entend le bruit des insectes qui volent. Nous sommes dans un dépotoir, dans la «maison» d'Estamira, une femme schizophrénique. Une «maison» qu'elle a choisie parce qu'elle s'y sent bien. «C'est un endroit toxique, mais je suis bien ici», dit-elle. Cinq personnes partagent cet espace avec elle.
Dans cet endroit, en apparence pauvre même si tout y est en abondance (vêtements, nourriture), Estamira se questionne sur la consommation, sur ce qui reste de nous après notre mort. Elle parle, dans quelques langues, dont une inventée. L'homme qui lui répond (qu'on ne voit pas) a une voix d'outre-tombe. Il lui chante la pomme, la confronte, l'insulte.
Contraints dans ce lieu, les six êtres se comportent de façon souvent primitive entre eux. Nudité, violence, sexualité, folie humaine font partie du quotidien. C'est lorsqu'ils se regroupent tous pour chanter qu'on vit des instants magiques. Le solo dans lequel le danseur se met à bouger au son d'un insecte en alternant gestes au ralenti et en accéléré est tout simplement parfait.
La trame sonore composée de magnifiques pièces de Bach, dont certaines chantées par des sourds (d'où le titre Tauberbach, qui signifie «Bach chanté par des sourds» en allemand), nous happe. Mais on aurait aimé sentir davantage de montée dramatique tout au long de la pièce, ce qui aurait permis de soutenir davantage notre intérêt. L'ensemble s'avérait plutôt monocorde.
On n'a que de bons mots pour les performances des cinq danseurs et de l'actrice Elsie de Brauw qui incarne Estamira. Tous font preuve d'un abandon total devant des scènes très difficiles à jouer.
Tauberbach n'était présenté qu'un soir.