Sylvie Fréchette a écrit ce premier livre qui relate son ascension de l'Everest.

Sylvie Fréchette a failli mourir avant d'atteindre le sommet de l'Everest

Après avoir mis le pied sur le plus haut sommet de la planète, le 21 mai 2008, l'alpiniste Sylvie Fréchette a revécu son aventure devant un clavier, pour l'écriture de son premier livre. Elle raconte le chemin qui l'a menée de Cap-Rouge à l'Everest, mais elle lève aussi le voile sur un grave incident qui a failli coûter très cher et qu'elle avait gardé sous silence à son retour.
Le 20 mai, au camp IV, à 8000 mètres d'altitude, quelques heures avant de partir pour le sommet de l'Everest, Sylvie Fréchette et son sherpa Ngima prennent du repos dans leur minuscule tente. Le sherpa allume un réchaud dans le vestibule, et c'est l'explosion : «J'ai vu les flammes envahir l'habitacle, grimper sur moi et monter vers mon visage», écrit-elle dans son livre.
Au cours d'une entrevue avec Le Soleil, elle décrit l'incident : «C'était une flamme qui a roulé en boule vers moi et qui a empli la tente. Le feu était autour de ma tête, ça me bloquait la visibilité, je me voyais mourir là! Le sherpa et moi, on cherchait la fermeture éclair de ma porte, je l'ai trouvée et j'espérais juste qu'elle ne se coince pas. Dès que je suis sortie, le feu s'est éteint...»
Les deux alpinistes utilisaient les bonbonnes d'oxygène, mais les masques ne sont pas étanches et l'air de la tente est devenu saturé d'oxygène, hautement inflammable. Il n'a fallu qu'une étincelle pour embraser l'espace, mais heureusement le feu s'est éteint dès que la porte s'est ouverte sur l'air raréfié du camp IV. Les deux alpinistes s'en sont tirés avec plus de peur que de mal, mais l'épisode est révélateur de la personnalité de cette sportive de haut niveau.
D'abord, sur les raisons qui l'ont amenée à taire l'incident. «Quand je suis revenue, je ne voulais pas que les médias dramatisent l'événement et fassent peur aux enfants. J'étais aussi épuisée et je n'avais pas la force d'aborder le sujet, alors je me suis protégée. D'un autre côté, ça permet aux lecteurs du livre de découvrir des éléments nouveaux.»
Les enfants d'abord
Sa préoccupation première reste ses trois filles, et ce n'est pas pour rien qu'elle intitule son livre Une mère au sommet de l'Everest. Elle craignait justement que les médias exploitent cet élément, que son histoire dérive dans le sensationnalisme. «Parce que je suis une femme, que j'ai des enfants, ils auraient pu jouer sur cette corde-là. Je ne voulais pas que mes enfants aient l'impression que j'ai été imprudente alors qu'en réalité, j'avais fait très attention.» Il y a bien eu un moment de panique dans les minutes qui ont suivi l'explosion, nous dit-elle.
«Le coeur me débattait, j'avais peur que le matériel soit endommagé, je me voyais passer la nuit à 8000 mètres, sans sac de couchage, sans habit one-piece, mais heureusement, seule la tente était abîmée et nous en avions une autre. Je suis parvenue à me calmer, il le fallait pour conserver mon énergie et ne pas compromettre mon expédition.»
La condition qu'elle s'est imposée pour pratiquer l'alpinisme reste l'obligation de revenir à tout prix, pour ses enfants. «Je suis consciente de ça quand je grimpe, je suis très proche de mes enfants et je me sers de leur présence, de leur confiance pour me ressourcer.»
L'Everest était évidemment un défi à haut niveau de risque, mais elle a mis tous les atouts de son côté en s'assurant les services de deux sherpas expérimentés. Maintenant qu'elle a relevé ce défi avec succès, elle entend choisir ses prochaines ascensions pour le plaisir et la beauté de la chose, et ne prendre que des risques calculés.
«L'Everest, c'était risqué, mais je ne ferai jamais de montagne comme le K2, dit-elle, je l'ai promis à Mathilde.»
Sylvie Fréchette est proche de Mario Dutil, qui a lui-même gravi l'Everest et qui a conseillé la Carougeoise pour sa propre expédition. Et elle a tiré ses leçons de l'expérience de Mario et de Maxime Jean sur le K2, où les avalanches et les chutes de pierres étaient une menace constante.
«Mes filles avaient entendu parler de l'expédition de Mario et elles m'ont demandé si j'allais le faire, et je leur ai dit : jamais le K2! Je n'ai pas envie de me mettre dans cette situation-là.»
Depuis l'Everest, elle est allée grimper en Amérique du Sud, sur deux montagnes du Pérou : le Pisco (5750 m) et l'Alpamayo (5947 m).
«Je suis allée grimper pour la beauté, je voulais avoir du plaisir. Au sommet du Pisco, je voyais que mon organisme pouvait en donner encore, j'aurais continué. Contrairement à l'Everest, je n'étais pas à mes limites.» La météo l'a par ailleurs empêchée d'atteindre le sommet de l'Alpamayo.
Elle n'a pas oublié l'Himalaya pour autant. Elle voudrait bien tenter l'Ama Dablam (6812 m), «mais c'est une montagne dangereuse, il y a eu des avalanches ces dernières années et ça me fait hésiter. Il faut que je revienne pour mes enfants».
Ses moyens ne lui permettent pas de faire plus d'une grande expédition par année, mais quand elle ne grimpe pas, elle donne des conférences. Cela lui fait découvrir que son expérience peut servir à d'autres. «J'adapte mes conférences aux besoins des groupes à qui je m'adresse. Je puise dans mon expérience, qui ne se limite pas à l'Everest, et je peux servir de guide ou d'exemple pour montrer aux gens que tout est possible.»