Pour les membres de l'agence Stigmat photo, parmi lesquels Larry Rochefort, Renaud Philippe et Philippe Ruel, la photographie a avant tout une fonction sociale.

Stigmat photo: une agence de photographes engagés

Lauréat : Stigmat photoOccasion : Gagnant du prix Communication des Offices jeunesse internationaux du Québec
Photos de paysages bucoliques? Clichés carte postale du Vieux-Québec? Très peu pour eux. Dans l'objectif des membres de l'agence Stigmat photo, Renaud Philippe, Larry Rochefort, Philippe Ruel, David Brulotte, Maxime Corneau, et Jean-Nicolas Dauwe, l'image captée sur pellicule a avant tout une fonction sociale. Elle est à la fois un témoin, une voix silencieuse pour ceux qui n'en ont pas et un trait d'union entre des gens que parfois tout sépare.
Les photos de la violente répression du régime iranien contre une population civile non armée ont eu un fort effet sur Renaud Philippe. «C'est complètement fou. Les gens qui manifestent, ce sont des étudiants, des gens comme nous, habillés comme nous.»
Pour le collectif, l'intérêt de la photo réside précisément dans son grand pouvoir de susciter l'empathie et de favoriser ainsi l'identification à l'autre, à sa condition. «Quand je vois une photo d'un Masaï, d'un Tibétain ou d'un Indien, ce que je vois, c'est un être humain», explique M. Philippe.
Le diplômé de l'Université Laval en communication publique, option journalisme, explique que Stigmat photo s'intéresse tout particulièrement aux problèmes de pauvreté, d'exclusion et d'oppression qui reçoivent peu ou pas d'écho dans les grands médias. Des reporters de l'agence se sont rendus dans les territoires occupés palestiniens et au Mexique, dans la région du Chiapas, pour témoigner de la répression des forces gouvernementales contre des civils. Renaud Philippe est allé en Inde rendre compte des conditions de vie très difficiles des habitants d'un bidonville près de Calcutta devant composer avec la montée quotidienne des eaux polluées du Gange durant la mousson.
«La mondialisation, ça veut aussi dire que notre voisin n'est plus seulement celui qui vit à côté de chez nous, estime M. Philippe. Parce qu'à partir du moment où l'on accepte cette logique du village global pour les échanges économiques, il faut l'accepter également pour ce qui est des problèmes sociaux à l'étranger, auxquels nous sommes liés.»
L'oeuvre des membres de Stigmat est volontairement subjective. «Nous voulons montrer ce que les gens vivent. Un soir en Inde, de retour à ma modeste chambre d'hôtel, je me demandais à quoi servait tout ça. Étais-je en train de profiter de la misère de ces gens? À mon retour, quand j'ai présenté mes photos, je me suis rendu compte qu'elles aidaient à la sensibilisation», continue M. Philippe.
Accroître la diffusion
En 2008, après son passage au Festival Visa pour l'image de Perpignan - LaMecque du photojournalisme -, Stigmat photo choisit de se transformer en agence pour accroître le potentiel de diffusion de ses oeuvres, et du coup augmenter leur portée.
«C'est très difficile de convaincre les médias de diffuser notre travail. Mais si nos photos dormaient pour toujours dans un disque dur, nous aurions l'impression de mentir aux gens que l'on a photographiés et à qui l'on a donné un espoir de faire avancer les choses», croit Renaud Philippe.
Aussi en septembre l'agence aura un nouveau site et un magazine Web, Stigmat synergie, pour favoriser une meilleure diffusion de ses photographies.
D'ici là, Stigmat photo a commencé à s'engager auprès de groupes de réfugiés du Bhoutan arrivés depuis peu à Saint-Jérôme. «C'est un projet à long terme pour suivre leur intégration. Je leur donne des cours de photojournaliste. C'est bien de partir en Inde, mais il y a beaucoup de choses à faire ici aussi», conclut Renaud Philippe.