Chez le musicien, les anecdotes se bousculent presque autant que les chansons.

Steve Normandin: légendes vivantes

Steve Normandin n'aime pas trop qu'on le qualifie d'encyclopédie de la chanson française. «Ce qui me turlupine avec une pareille appellation, c'est que généralement, les encyclopédies prennent la poussière», explique-t-il. Vrai qu'il n'y a rien de figé dans ses histoires : en l'écoutant chanter ou parler, c'est toute une époque qui reprend vie.
L'accordéoniste, pianiste et chanteur avait rendez-vous avec Le Soleil, hier. Et il en a profité pour convier à l'entrevue plusieurs «amis» du Paris de la Belle Époque. Il y a eu Gaston Couté, «poète extraordinaire mort à 31 ans complètement ravagé par l'alcool», qui s'abreuvait à même le baril de vin de l'aubergiste par un trou percé dans le mur de sa chambre. Puis Yvette Guilbert, «la diseuse fin de siècle», qui a marqué l'histoire des cabarets et fait craquer le père de la psychanalyse, Sigmund Freud. On a reçu la visite de Maurice Rollinat, qui récitait sa poésie et tapant sur un piano, puis d'un certain Dranem, qui chantait ses grivoiseries les yeux fermés. «Et dès qu'il disait une bêtise, il les ouvrait. Il jouait au grand épais de service qui se dit : est-ce que je viens de dire une niaiserie, moi?», raconte Steve Normandin.
«Aujourd'hui, Montmartre, c'est une légende forgée de toutes pièces par des peintres et des poètes qui se sont installés dans de petits cafés, ajoute-t-il. Dans le cas du Chat Noir, ç'a duré 10 ans et on en parle encore aujourd'hui. Quand on commence à creuser dans les auteurs et compositeurs qui sont sortis de cette époque-là, il y a une qualité d'écriture et une intemporalité des sujets.»
Chez le musicien, les anecdotes se bousculent presque autant que les chansons. Il avait environ 250 d'entre elles en tête l'été dernier, lorsqu'il a offert pendant 10 semaines de courts récitals accompagnant l'exposition Paris en scène. 1889-1914 au Musée de la civilisation (à l'affiche jusqu'au 23 février). L'aventure a été porteuse, si bien qu'il l'a poussée plus loin en montant un concert complet, qu'il présentera avec la complicité de la violoniste Josianne Laberge au Palais Montcalm le 31 janvier.
Steve Normandin est fasciné par cette période, qui s'est déployée entre la fin du XIXe siècle et la Première Guerre mondiale. Dans ses prestations, il souhaite reproduire une «proximité avec la chanson», dépouillée de tout artifice. «Le chanteur devait mettre ses tripes sur la table, décrit-il. Quand on entend les enregistrements du temps, ils en mettent peut-être un peu trop pour faire pleurer dans les chaumières. Mais ils étaient tellement sincères dans cette façon de faire. Je trouve qu'aujourd'hui, on est là avec nos micros et nos caméras, alors qu'une bonne chanson, c'est une bonne chanson. Ça traverse le temps sans avoir besoin de forcer.»
Collectionneur de musique - il possède des milliers de 78tours et de microsillons, ainsi que quelques dizaines de cylindres de cire -, Steve Normandin est loin d'en avoir fini avec l'exploration du répertoire français. «Il me reste plein de choses à découvrir, avance-t-il. Ne serait-ce que dans la chanson politique, que j'aborde un peu moins. Il y a une grande tradition de chansons contestataires...» De quoi nourrir ce nouveau spectacle, qu'il verrait bien faire vivre pendant plusieurs années. «C'est un peu l'histoire d'une vie», avoue-t-il en souriant.
Vous voulez y aller?
Qui : Steve Normandin (accordéon, piano et voix) et Josianne Laberge (violon et voix)
Quand : le 31 janvier à 20h
: Palais Montcalm
Billets : 41 $
Info : 418 641-6040