D'une main lourde, Stephen Hough arrache à l'instrument un sanglot de douleur et l'instant d'après, avec une légèreté presque vaporeuse, ses doigts caressent le clavier pour révéler les timbres les plus intimes de l'instrument. 

Stephen Hough, totalement incarné

Stephen Hough ne fait ni dans l'entre-deux ni dans la demi-mesure. Il possède des mains vigoureuses, alertes et vives desquelles jaillissent les coloris les plus vifs ou les plus tendres, comme on a pu le constater lundi soir dans la Sonate en la mineur de Schubert.
D'une main lourde, il arrache à l'instrument un sanglot de douleur et l'instant d'après, avec une légèreté presque vaporeuse, ses doigts caressent le clavier pour révéler les timbres les plus intimes de l'instrument. Le jeu de Stephen Hough est absolument incarné. Avec lui, Vivace n'est pas une idée abstraite inscrite sur la partition, mais un caractère que l'interprète ressent jusqu'au fond de son être.
À vrai dire, ce grand artiste donne l'impression de faire ce qu'il veut avec le piano. Le fortissimo sonne comme un cri du coeur, le pianissimo comme un murmure venu du fond de la nuit.
Dans le Prélude, choral et fugue de Franck, il édifie une cathédrale sonore pleine de lumière et de volume.
Stephen Hough a profité de son passage au Club musical pour présenter la première nord-américaine de sa Piano Sonata III, une oeuvre sérielle pleine de surprises. On dirait par moments qu'il s'agit de musique produite par ordinateur, de façon aléatoire. Les textures obtenues sont tout à fait étonnantes, dans l'aigu surtout, avec ces séries d'arpèges qui sonnent comme des rangées de petits glaçons s'entrechoquant dans le froid. L'Andante s'assoit sur des principes tonaux quasi impressionnistes, alors que les accords des dernières mesures font naître des couleurs qui rappellent Messian. L'accueil du public a été des plus chaleureux.
Dans Liszt, on a eu droit pour finir à tous les extrêmes. Des grands débordements chromatiques volcaniques où l'énergie paraît presque sans limite. Des petits passages délicats, joués sans pédale, avec une légèreté et une élégance sans pareilles, et où l'égalité du détaché apparaît de façon vraiment remarquable. On dirait alors que les doigts font un avec les touches de l'instrument. La mise en place générale est impeccable, la présence de l'interprète, impressionnante.
En rappel, le pianiste a entre autres offert un Chopin en fa dièse incroyablement souple, puis un amusant et brillant extrait du Don Quichotte de Minkus.
LE CLUB MUSICAL DE QUÉBEC. Stephen Hough, pianiste. Schubert : Sonate en la mineur, D. 784. Franck : Prélude, choral et fugue. Stephen Hough : Piano Sonata III, «Trinitas». Liszt : Quatre valses oubliées, S. 215 : (nos 1 et 2); Études d'exécution transcendante, S. 139 (nos 10 et 11). Lundi soir à la salle Louis-Fréchette.