Au cours des dernières années, Stéphanie Mercier s'est impliquée au conseil d'administration de l'Ordre des pharmaciens. Elle a participé activement, entre autres, à la révision du fonctionnement de l'Ordre et de la réglementation.

Stéphanie Mercier: faire de la pharmacie autrement

«Aux âmes bien nées, la valeur n'attend point le nombre des années.» Cette répartie de Don Rodrigue, dans Le Cid, de l'auteur et dramaturge Pierre Corneille, pourrait très bien s'appliquer à la pharmacienne Stéphanie Mercier. À 37 ans, elle a reçu dernièrement le Mérite du Conseil interprofessionnel du Québec pour «sa contribution remarquable au développement et au rayonnement de sa profession».
Au cours des dernières années, Mme Mercier s'est impliquée grandement au conseil d'administration de l'Ordre des pharmaciens. Elle a participé activement à la révision du fonctionnement de l'Ordre, de la réglementation, du code de déontologie des pharmaciens, du traitement des plaintes du public. Pour elle, ces mises à jour s'imposaient pour conserver la confiance de la population dans le système des ordres professionnels que nous avons au Québec.
«Je voulais faire de la pharmacie autrement. Mais avant d'en arriver là, il faut changer les lois, les règlements. C'est très complexe et c'est très long», a-t-elle dit.
Elle a milité pour une approche éthique du travail des pharmaciens pour mieux faire contrepoids aux pressions des pharmaceutiques, des assureurs, des grossistes. Mme Mercier est chargée d'enseignement en éthique à la Faculté de pharmacie de l'Université Laval. Auparavant, elle a travaillé dans une pharmacie.
«L'éthique n'était pas toujours une culture qui était implantée par le passé. Ce n'était pas quelque chose qui nous était enseigné de manière prépondérante lorsque j'étais étudiante. Aujourd'hui, les questions éthiques sont très présentes», a avancé notre lauréate de la semaine.
Elle croit que l'enseignement des lois, des règles, du code de déontologie permettra aux futurs diplômés en pharmacie de mieux composer avec les pressions qui s'exercent tous les jours.
«J'aimais être pharmacienne communautaire, mais je voyais qu'on était tous un peu isolés comme salariés. On n'a pas une longue portée pour changer les choses dans notre milieu. C'est ce qui m'a attiré à aller enseigner. À l'université, j'enseigne à 800 étudiants par année avec le programme sur quatre ans», a souligné Mme Mercier.
En plus d'une approche plus éthique, d'autres sujets lui tiennent à coeur, dont l'entrée en vigueur - on ne sait quand - des nouveaux services permis aux pharmaciens par la loi 41, dont la prolongation d'ordonnances, la prescription de médicaments lorsqu'un diagnostic n'est pas requis, l'ajustement d'une ordonnance.
«Quand ce sera en vigueur, il va falloir être vigilant. Dans la loi, il y a des obligations de formation des pharmaciens. Ça revient à l'Ordre de voir à la formation. Il faudra aussi porter un regard après un ou deux ans et voir si on peut ouvrir sur d'autres choses», a affirmé Mme Mercier.
D'autres sujets qui concernent la protection du public la préoccupent dont la nouvelle mode des cartes de fidélisation des pharmaceutiques. «Ce n'est pas actuellement encadré. Ça n'existait pas avant et on ne les avait pas vues venir.»
Elle croit qu'il est possible d'amener les fabricants de médicaments à éviter des ruptures de stock. «Il y a toute la réglementation à faire. Il y a des exemples ailleurs dans le monde. Il y a des façons de faire qui ont permis d'éviter ces choses. Si notre public est pris au piège par un manque de médicaments, il faut faire des pressions. C'est le travail d'un Ordre à mon sens», a-t-elle affirmé.
«Quand on prend un médicament depuis longtemps et qu'on a un problème de santé grave et qu'on se fait annoncer par son pharmacien qu'on n'en a plus et qu'on ne peut pas en avoir parce qu'il y a une rupture de stock, on piège les patients», a-t-elle déploré.